EDITORIAL Trois ans après : la promesse du crépuscule

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Il y a trois ans de cela, je me souviens très bien. Pas vous ? Auriez-vous déjà tout oublié ?
Si tel est le cas, je vous envie. Car pour ma part je n’y parviens pas, et refuserai toujours à m’y résoudre.
Comme aujourd’hui il faisait beau. Comme aujourd’hui il faisait chaud. Presque trop.
Les premiers coquelicots venaient d’apparaître. Bien qu’encore sous emprise d’une terrifiante propagande, brinquebalés par les différents errements gouvernementaux, nous venions tout juste d’être libérés de 55 jours d’emprisonnement à domicile. Nous ne percevions pas encore l’étendue du préjudice du choc carcéral qu’il allait nous falloir endurer durant des mois. Des années pour certains. Dont j’assume faire partie.
Alors qu’il était interdit de s’extraire du périmètre d’un kilomètre entourant notre domicile et pas plus d’une heure par jour (on ne sait jamais, des fois que l’on contamine ou que l’on se fasse contaminer par les chevreuils, les écureuils ou les couleuvres en allant courir ou marcher en pleine nature), nous avions désormais le droit de circuler plus ou moins librement jusqu’à 100 kilomètres ! C’était l’Amérique…
Dans sa grande mansuétude, et pour notre bien assurait-il, notre Maître incontesté avait décidé de rallonger notre laisse.
Cette totale soumission, acquise en seulement cinq semaines sur un peuple pourtant majoritairement épris de liberté, prenait tout son sens. Elle laissait entrevoir l’état d’angoisse et de sidération dont il allait falloir, tant bien que mal, apprendre à nous défaire.
Nous ne le sentions pas encore venir (les mécanismes psychologiques les plus traumatisants sont aussi les plus sournois et les plus insidieux), mais ce réapprentissage du libre arbitre et des relations sociales allait s’avérer particulièrement compliqué. Impossible pour les plus impactés. Du moins, jamais vraiment.
Petit à petit, les commerces rouvraient, l’école reprenait. Mais les bars et restaurants restaient fermés. Les plages et les lacs aussi. Les sports collectifs demeuraient interdits.
Tout juste commençait-on à évoquer à demi-mots, ce fameux concept « d’immunité collective », qui, nous nous en rendrons compte plus tard, n’était qu’un leurre.
Pourtant, l’immense majorité des plus éminents virologues et épidémiologistes s’accordait à affirmer que lorsque « la moitié du pays serait infectée (et donc immunisée), l’épidémie disparaîtrait ». On connaît la suite…
Finies les conversations entretenues avec nos collègues de travail, terminés les apéros improvisés au comptoir du premier bar venu, avec un vieil ami rencontré par hasard sur le marché. Disparus tous ces échanges fortuits de notre quotidien qui peuvent parfois changer une destinée.
La nature des relations ayant horreur du vide, elle se déportait excessivement sur les échanges virtuels, mais n’est jamais réellement parvenue à reprendre sa juste place depuis.
Il y a trois ans de cela, je me souviens très bien. Nos vies se transformaient à notre insu.
Le pire restait à venir. Nous allions reprendre à l’automne quelques louches de couvre-feu, deux cuillères à soupe de fermeture des commerces non-essentiels, tandis que la mixture magique se préparait…
En ce lundi 8 mai 2023, à l’aube d’une nouvelle ère d’incertitude qui ne dit pas son nom, il m’apparaissait important de bien nous souvenir d’où l’on vient, pour mieux discerner là où l’on souhaite aller, ou, au contraire, ne plus retourner…