Jura : un peu d’espoir pour les forêts

Michel Bourgeois, président de la Cofor 39 (association des communes forestières du Jura) partage les enjeux du moment pour notre vert Jura : 'l'après' scolyte, les cours du bois ou encore le devenir de l'AOC bois du Jura.

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"Mon beau sapin..." est désormais labellisé produit local à l'instar des vins du Jura.

Le contrat État/ONF qui prévoit de supprimer 500 postes d’ici 2025 selon l’intersyndicale ONF n’impactera pas les communes forestières. Mobilisées (2.500 délibérations municipales, dont 250 environ pour le seul Jura) contre une ponction de 30 millions € prévue par l’État, elles ont eu gain de cause. Mais l’intersyndicale ONF demande l’annulation pure et simple de ce contrat en justice, arguant que :  » en 20 ans, l’ONF a subi près de 5 000 suppressions de postes, soit près de 4 emplois sur 10″.
Pour sa part, Michel Bourgeois constate un phénomène nouveau : pour replanter certaines forêts dévastées par le scolyte typographe (minuscule insecte ravageur), on manque de bras. D’après lui, « il n’y a pas assez de d’entreprises de travaux forestiers » pour compenser les suppressions de postes à l’ONF. Et pourtant, comme dans la forêt de la Joux, des hectares et des hectares de parcelles ont été coupés après avoir dépéri. L’épilogue d’un vrai massacre sanitaire : « tous ces bois ont été évacués dans l’année 2021 vers le sud-ouest ou vers la Bretagne grâce aux aides au transport » versées par l’État.
Après cette purge massive, 2022 s’annonce donc sous de meilleurs auspices, puisque le début d’année n’a pas vu le scolyte mettre de nouveau le feu aux poudres : « nous restons quand même prudents, car la canicule pourrait affaiblir sapins et hêtres d’ici l’automne » circonstancie-t-il. L’autre bouffée d’oxygène pour la Cofor 39 vient des cours du bois, en particulier lors de la vente publique de Champagnole du 18 mai dernier. Une vente exceptionnelle, avec aucun invendu (contre 15 à 20% d’ordinaire) et des cours de bois verts en hausse de 15% environ. De quoi renflouer un peu les caisses des communes forestières du Jura, même si  les cours exorbitants du chêne par exemple (400 €/ m3 en bord de route) en font désormais un luxe…

Le Jura va voir ses paysages complétement modifiés.

Qui s’occupera des forêts ?

Malgré cette note conjoncturelle positive, l’épée de Damoclès d’une récession économique plane au-dessus des communes forestières : « que se passera-t-il si la construction décline ? » s’interroge Michel Bourgeois. L’autre cheval de bataille de la Cofor 39 demeure le développement de l’AOC « Bois du Jura », garantissant la provenance de cette matière première : « seule la scierie Grandpierre à Champagnole débite ces grumes, on aimerait qu’il y en ait d’autres » espère le président Bourgeois.
Les cahiers des charges des marchés publics peuvent désormais inclure cette AOC, de quoi favoriser peut-être les circuits courts ? Une question taraude enfin ceux qui vouent leur vie aux arbres : qui s’occupera encore des forêts dans les années à venir ? A l’instar de l’affouage en nette perte de vitesse (30 cette année contre 120 à Poligny naguère), les jeunes générations semblent se désintéresser de ce patrimoine pourtant on ne peut plus ‘tendance’… écologie aidant.

La rédaction

Hommage à Pierre Dornier

Lors de l’assemblée générale de la Cofor 39, son président a rendu hommage à Pierre Dornier, fondateur de la Maison des familles au CHU Minjoz. Malgré sa récente disparition, les parents peuvent être hébergés confortablement auprès de leurs enfants hospitalisés, grâce également à un vaste élan de générosité (dont celui des communes forestières).