Jeune sapeur-pompier, l’engagement à l’école de la vie

Les Jeunes sapeurs-pompiers ( JSP) ) sont des associations constituées dans le but de former des jeunes au monde des sapeurs-pompiers. On y trouve des activités de base comme la lutte contre l’incendie, les gestes de premier secours, du sport, mais pas que. Nous avons rencontré Dylan Carminati chargé de la formation à Lons le Saunier ainsi que des jeunes qui se sont engagés dans cette voie ou solidarité, esprit d’équipe, et civisme sont des principes de vie.

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Les jeunes sapeurs pompiers. ( photo, D. Carminati)

 

Un recrutement de 12 à 14 ans
Les critères d’admission se font surtout sur l’âge, qui doit se situer entre 12 et 14 ans. Le cursus dure 4 ans. Chaque année, les jeunes valident leur apprentissage par l’obtention d’unités de valeurs. La dernière année est celle du brevet de J.S.P. Les jeunes sapeurs- pompiers peuvent alors après un module de formation rejoindre les effectifs de sapeurs- pompiers et partir en intervention. Rien ne leur interdit alors de passer le concours de pompier professionnel ou ils auront un avantage par rapport aux autres candidats. L’effectif a tendance à se féminiser avec une proportion de 1/3 de filles.
Le bassin de recrutement lédonien est limité à 20 places sur 4 niveaux. Cette année, l’effectif étant de 18, il y aura 7 recrutements pour l’année prochaine. 5 passeront le brevet et rejoindront à terme leurs différents centres respectifs. Les candidats doivent faire partie du bassin lédonien et outre l’âge, sont soumis à des tests de culture générale, culture pompier, et tests sportifs. Un entretien individuel pour tester les motivations finalise les critères de sélection. Ensuite, le bureau délibère et établit la liste des candidats retenus.

Le centre de secours de Lons le Saunier.

Une formation exigeante sur quatre ans

La formation des jeunes sapeurs-pompiers est encadrée par des pompiers du centre d’incendie. Chaque samedi de 8h30 à 12h00, hors congés scolaires, on leur transmet l’esprit d’équipe et la discipline grâce à un programme pluridisciplinaire. La formation comprend un développement des capacités physiques, un volet secourisme, technique d’extinction des feux, protection des biens et de l’environnement. On les entraine aussi par rapport aux différentes manifestations sportives qui ont lieu tous les ans. Il y a un cross, un challenge de qualité où il y a un parcours sportif et athlétique. Ces manifestations sont départementales, et pour ceux qui arrivent à se qualifier, on peut arriver aux régionales et même au national. Étant une association, une cotisation de 70 euros est demandée pour payer les moyens engagés, l’habillement et l’assurance.
Il y a très peu d’échecs au niveau de l’obtention du brevet, une séance de rattrapage est même organisée. S’il y a encore échec, un redoublement est possible. Ces cas sont assez rares.

les jeunes en cours théorique. ( photo, D. Carminati )

Des valeurs universelles qui apportent un plus dans la vie de tous les jours

Les jeunes étant formés au métier de pompier, on les forme bien sur à l’extinction des feux, au secourisme, aux connaissances et aux gestes des manœuvres. Savoir utiliser une lance, tout ce qu’il y a à faire au niveau des interventions. Certaines manœuvres nécessitent une certaine force physique, d’où l’intégration du sport dans les cours. Par contre, tout est adapté selon l’âge. La première année, il y a beaucoup de théorie avec les bases à connaître. Petit à petit, ils intègrent les règles et les gestes par lesquels ils acquièrent  les automatismes.
Il y a une chose sur laquelle Dylan Carminati insiste particulièrement, ce sont les valeurs morales : « On leur inculque également l’esprit d’équipe, le respect de la hiérarchie, le partage et la discipline. Un pompier peut être très bon pour la partie technique, mais si cette personne n’a pas l’esprit d’équipe et de la vie en collectivité, ce sera compliqué. Ces valeurs sont universelles et apportent un plus dans la vie de tous les jours. C’est l’école de la vie. On les fait également participer aux différentes cérémonies de commémoration, 8 mai, 14 juillet, 11 novembre. Cela, pour un devoir de mémoire ».

Les gestes de premiers decours. ( photo, D. Carminati )

Une histoire de passion à communiquer


Comme toutes les associations, le recrutement devient un peu compliqué. Il y a 5 places à proposer, ce qui est peu, mais la COVID n’a pas facilité les choses. Le constat est que les jeunes ont du mal à s’engager, mais comme l’indique Dylan Carminati :
« C’est une histoire de passion, mais si le jeune aime à donner de sa personne, qu’il veut aider les autres et s’il veut s’investir dans quelque chose de nouveau, qu’il n’hésite pas à pousser la porte. Il y a une période d’essai de septembre à décembre. Il peut même passer 1 ou 2 samedi matin pour voir comment cela se passe, il suffit qu’il en fasse la demande pour constater si cela correspond à son attente. Quoiqu’il arrive, ce qu’il apprend ne sera pas perdu, comme les gestes de premier secours, l’esprit de camaraderie et l’entrainement sportif. Il y a énormément de points positifs à passer par là ».
Il y a au départ un contrat moral passé avec les parents pour que la formation n’empiète pas sur le cursus scolaires. Si les notes baissent par exemple et que les parents considèrent que l’engagement de leur enfant en est responsable, il peut bien sûr partir quand il le veut. Il y a en réalité très peu de départs volontaires à part ceux dus à des événements extérieurs comme un déménagement par exemple.

Les gerstes de premiers secours.

Louane,  16 ans et Gabin, bientôt 15 témoignent de leur engagement

Nous avons rencontré deux jeunes sapeurs-pompiers qui ont tenu à témoigner de leur engagement, Louane 16 ans, qui passe son brevet de JSP cette année et Robin, bientôt 15 ans, comme il le dit. Tous les deux ont admis que d’avoir des pompiers dans la famille a été de beaucoup dans leur décision. Louane est fière de témoigner :
« C’est un métier que j’ai toujours admiré depuis toute petite et je veux aider les gens. Mon grand-père et ma tante étaient pompiers. Quand j’ai appris qu’à partir de 12 ans, on pouvait s’engager, j’y suis allé sans hésiter pour m’inscrire. Pour certaines de mes camarades, cela leur parait bizarre parce que je suis une fille. Je leur en parle positivement pour leur faire changer d’avis car je suis fière d’avoir intégré ce corps d’élite ».
Et Robin d’ajouter: « Mon père est pompier et il m’a montré comment cela se passe. Du coup, j’ai pu commencer 1 an en avance, de ce fait je ferai 5 ans au lieu de 4, car, on ne peut pas passer le brevet avant 16 ans. Ce que j’aime, c’est l’esprit d’équipe, la discipline et le fait de toujours donner le meilleur de soi même  et d’aller au bout ».

La promotion 2021/2022.

Un regard changé sur la société


Tous deux admettent que leur regard sur la société a changé. Leurs amis en général n’ont pas de réactions négatives mais ne s’y intéressent pas. Par exemple la participation aux cérémonies commémoratives est très importante pour eux : « Nous représentons la jeune génération et nous pensons à cette occasion à ceux qui sont morts au combat pour notre liberté, c’est important par rapport à nos camarades qui s’en fichent… Nous survolons ces événements à l’école, mais quand on peut y mettre des noms, cela change le regard que l’on peut avoir. C’est concret donc émouvant ».
Ils n’ont jamais été découragés ni ressenti l’envie d’arrêter. Leur souhait est d’intégrer à terme pour les mêmes motivations le corps des pompiers volontaires où ils pourront exercer leur passion : Servir.

Loane et Gabin.

Il faut que les gens viennent par conviction

On ne pouvait pas parler des jeunes pompiers et oublier leurs ainés qui dans la continuité de leurs actions contribuent à nous protéger et parfois nous sauver.  Il faut rappeler que le Jura, c’est près de 1890 pompiers dont 1790 volontaires, ce qui assure un maillage territoriale important pour apporter la même qualité en terme de rapidité et de compétence à chaque jurassien. Le vecteur jeunes sapeurs-pompiers est une bonne porte d’entrée pour le recrutement, mais on peut s’engager entre 16 et 60 ans comme le confirme Jean-Michel Serrand, adjoint au chef de corps pour les pompiers volontaire, lequel précise :
« En France, 78% sont des volontaires. Le profil évolue, avant, on commençait à 16 ans jusqu’à 60, c’était le choix d’une vie. Maintenant, la durée d’activité diminue, 10 ans en moyenne. On capitalise en formation et communication sans être en mesure de pérenniser au-delà de cette période. Les gens sont libres de demander une disponibilité ou mettre un terme sans obligation. Ce qui est bien par ailleurs, il faut que les gens viennent par conviction. Le propre du pompier est de donner de son temps dans l’intérêt collectif ».

Dylan Carminati.

Rien ne peut se faire individuellement, c’est le groupe qui réussit


Jean-Michel Serrand  met beaucoup l’accent sur l’engagement personnel qui est quasi unique : « Il n’y a pas beaucoup d’activités qui va faire que demain, vous soyez en intervention pour combattre un incendie et sauver des personnes. S’engager, c’est le faire pour son prochain dans l’intérêt collectif, dans le dépassement de soi. On a des interventions dramatiques comme dernièrement la noyade des 4 jeunes à Chalain. C’est là que la force de l’équipe prend tout son sens, où les gens se soutiennent les uns les autres dans ces moments très durs. L’esprit de groupe est primordial ».
« J’engage ceux qui hésitent à nous rejoindre et qui auraient des doutes sur leurs capacités en leur disant qu’on prend chacun en fonction de la compétence attendue. Ce sera le service qui va s’adapter à la personne. Chez nous, l’esprit de groupe est primordial, le plus rapide se met au service du plus lent. Le travail en équipe est une richesse qui va vous changer… »

Jean-Michel Serrand.

Conditions & informations. Pour être jeune sapeur-pompier, il faut :
– Être motivé(e)
– Être disponible le samedi matin
– Avoir entre 12 et 14 ans
– Avoir une autorisation parentale et un certificat médical
– Contacter l’école de JSP la plus proche du domicile