L’invité de la semaine : Jean-Luc Garin

Evêque de Saint-Claude depuis deux ans, il fait le point sur ce qui l’a marqué et les dossiers qui vont l’occuper : projets immobilier à Vaux-sur-Poligny et d’accueil d’une communauté de religieuses au Mont Roland, mise en place de fraternités paroissiales…

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Mgr Jean-Luc Garin.

Vous avez pris vos fonctions dans le diocèse de Saint-Claude le 14 février 2021. Qu’est-ce qui vous marque au bout de deux ans ?
Ce qui m’occupe et focalise mon attention, c’est la vie dans le monde. Un certain nombre de drames (Chalain, des vignerons et des agriculteurs en difficultés…) m’ont marqué.
Nous allons mettre en place une mission compassion afin d’organiser des temps de rencontres et de prières pour des familles endeuillées.
Le contexte social m’occupe aussi. Je vois par le Secours catholique que toutes les associations qui s’occupent de solidarité sont plus mobilisées que d’habitude.
Quant aux jeunes, j’ai eu la chance de lire plusieurs centaines de courriers de 13-20 ans demandant la confirmation, je sens de l’inquiétude. Notre grand défi est de les accompagner vers l’avenir avec confiance.

Sur quoi souhaitez-vous vous focaliser en 2023 ?
Nous allons développer des fraternités paroissiales afin que les chrétiens qui le souhaitent puissent se réunir en petits groupes pour ne pas traverser seuls les difficultés de la vie. Nous avons fait une consultation dans une démarche synodale. Le mot qui est revenu le plus dans les attentes des chrétiens jurassiens est fraternité.
Nous avons signé une convention d’étude de faisabilité d’un an pour Vaux-sur-Poligny avec la Fondation Saint-Bernard de Menthon. Nous attendons un projet pour cette maison depuis plusieurs années. Nous allons en faire un habitat partagé. L’objectif est de créer du lien social entre des familles, des jeunes, des célibataires, pourquoi pas des étudiants, et je sais qu’il y a un énorme besoin pour des saisonniers, tout cela dans un esprit respectueux de l’écologie. Nous cherchons à créer une association de personnes intéressées pour entrer dans cette dynamique. Des activités seront mises en place au printemps.

Il est question aussi d’un projet au Mont Roland ?
J’ai à cœur de refaire vivre le Mont Roland. Une partie de la vie est revenue grâce à l’Arche. Nous avons le projet de faire venir une communauté de religieuses. Il y a des pourparlers. Le Mont Roland est un peu notre Lourdes local.

Qu’en est-il des retraites pour les prêtres ?
Les prêtres sont à la retraite à 75 ans. En septembre 2024, il y aura plus de 30 prêtres jurassiens à la retraite. Ma préoccupation est de pouvoir les accompagner au mieux. Dans le Jura, il y a aussi 10 prêtres de moins de 75 ans et 17 prêtres qui viennent d’Afrique et d’Inde.

Où en est l’église du Jura avec les victimes d’abus ?
J’ai rencontré une vingtaine de victimes d’abus. Les prêtres sont tous morts. Depuis septembre, j’ai reçu un témoignage, c’est déjà de trop. Le 10 mars, une nouvelle journée de formation sera organisée pour les acteurs ecclésiaux avec des professionnels du monde judiciaire et avec la cellule d’accueil et d’écoute afin de faire de la prévention. Nous restons mobilisés.

Des personnes s’inquiètent que deux prêtres de la communauté Saint-Martin (qui portent la soutane) arrivent en septembre à Dole. Que leur répondez-vous ?
J’ai reçu une lettre de personnes qui s’inquiètent et deux autres dans lesquelles les signataires disent leur confiance. J’ai écrit à tous les diocésains. La communauté Saint-Martin n’est pas une communauté intégriste. Quand je suis arrivé, j’ai dit je ne porte pas ce projet-là seul. J’ai fait voter les prêtres et la réponse a été très largement oui pour les accueillir. L’habit ne fait pas le moine. C’est le cœur et la qualité de la relation avec les gens. La relation compte, quelle que soit la couleur de la peau ou de l’habit.