L’invité de la rédaction. Ivan Jacquin, chanteur et compositeur dolois

Avant tout musicien, il vient de faire paraître « Une vie de compromis ». Un roman qui questionne sur la liberté dont chacun dispose en société.

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Ivan, vous n’en êtes pas à votre premier ouvrage. Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 50 ans, je suis né à Dole et je réside toujours en Franche-Comté, je suis avant tout musicien, pianiste, chanteur et compositeur de plusieurs projets et dans plusieurs groupes rock. J’écris également depuis très longtemps et en effet j’ai publié 2 nouvelles il y a quelques années, « La Symphonie du Juif Errant Livre I et II », dont les récits sont l’histoire détaillée des deux albums de mon opera rock Foreign. Un recueil de nouvelles « Solitudes » est également sorti, il regroupe quelques nouvelles assez personnelles écrites entre 1997 et 2017.

Vous venez de publier “Une vie de compromis”. De quoi cela parle-t-il ?

Cela parle d’un homme qui au milieu de sa vie, un beau matin, se regarde dans une glace et réalise qu’il vit jour après jour par rapport aux autres, par rapport à la société et ses conventions, par rapport à un certain schéma social et de pensée et se sent soudain bridé dans ses actes, ses instincts et ses réflexions. Il réalise qu’il n’est jamais lui-même, qu’il passe son temps à vivre en fonction de ses congénères, qu’il baigne dans un océan de conformisme, de concessions et de compromis.

Il décide alors de vivre autrement, subitement, au risque de provoquer l’incompréhension et le malaise autour de lui. Il change alors son mode de vie, ses habitudes, reprend des rêves qu’il avait laissés dans sa jeunesse, non sans mal, devient d’une franchise implacable, quitte à perdre des personnes qu’il aime, quitte à vivre des choses hors de la normalité, et parfois très compliquées. Mais il n’y peut rien, c’est entré profondément en lui et ne veut plus ressortir, c’est comme s’il se réveillait d’un long coma, où sa conscience était endormie pendant toutes ces années sans heurt ni passion véritable, tapie dans l’ombre, et décidait maintenant de se manifester, bondissant en un excès de désir de vivre pour lui-même et le faire exister le plus librement possible. La liberté à tout prix, au risque de perdre tout ce qui fait sa vie actuelle.

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Cela résonnait en moi depuis quelques années et certains faits de ma vie personnelle et professionnelle ont engendré le besoin d’écrire sur le sujet, comme une sorte d’exorcisme, ou du moins d’auto-psychanalyse, afin d’éviter que cela joue trop sur mon moral et ma vie personnelle de l’époque. Je pense que cela m’a aidé à sortir d’un certain carcan, un environnement malsain, dans lequel j’étais un peu prisonnier.

 Le héros n’a-t-il pas quelques points communs avec vous ?

Oui, c’est inévitable. Je pense qu’à partir du moment où l’on écrit un livre sur des phénomènes de société ou sur la politique, l’écologie et tout problème social et quotidien, il est presque fatal de parler de soi, inconsciemment ou consciemment, sans pour autant se révéler intimement. Byron le personnage principal n’a rien à voir avec moi du point de vue caractère et sentiment, mais certaines idées qu’il défend ou ce dont il a envie ne me sont pas étrangères. Par contre, aucun réel événement relaté ni aucun vrai dialogue n’a été reporté dans le livre, tout a été romancé bien sûr, mais j’avoue que je me suis parfois inspiré de situations que j’ai vécues et qui m’ont marqué.

J’ai eu le sentiment que vous pensez qu’il n’est pas possible d’atteindre une liberté totale. Est-ce le cas ?

Ce n’est bien sûr pas possible, à partir du moment où nous appartenons à un système sociétal, il est quasiment impossible de se révéler libre. Le personnage du roman essaie vraiment d’atteindre tous les points limite de cette liberté utopique mais sans vouloir froisser les gens qu’il connait et qu’il aime. Et cela, en soi, est déjà un frein à son désir de liberté. Mais autant vous dire que je n’ai pas réussi à atteindre cette liberté que l’on désire finalement tous au fond de nous, je n’ai donc toujours pas de formule magique pour atteindre l’inaccessible…

Ne pensez-vous pas que la période Covid a justement amené les gens à faire moins de compromis ?

Je ne pense pas. On a tellement raconté sur cette période Covid, on a tellement exagéré de choses, on a tellement proféré de grandes paroles plus ou moins subtiles que certains pensaient que le monde d’après Covid serait plus serein, plus constructif, plus cultivé, plus « raisonnable ». Je dirais que tout est resté pareil, rien n’a véritablement changé, les grandes causes sont toujours cruellement d’actualité, l’être humain est resté le même, je ne pense même pas que cela nous a servi à quelque chose dans notre quotidien, mais je peux me tromper car cela reste mon propre ressenti…

De nouveaux projets d’écriture ?

Oui, je suis actuellement en pleine écriture de mon prochain roman, totalement différent, dans une lignée un peu plus mystérieuse, une histoire pleine de suspense et d’émotions qui verra le jour j’espère en fin d’année. J’ai également deux autres romans commencés il y a quelques années que j’aimerais terminer pour l’année prochaine, le premier dans un contexte de « suspense » également, voire d’angoisse, et l’autre plus autobiographique sur la musique en général, son évolution, son importance dans ma vie, sur le fait d’être artiste aujourd’hui, et un recueil de nouvelles sur le thème des sentiments au sens large du terme.

Ivan Jacquin sera au salon Texte & Bulle de Damparis, ce samedi et dimanche. Contact : http://www.facebook.com/ivanjacquin ; http://www.facebook.com/ivanjacquinpageauteur.