Confiance réciproque

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Donnée sociologique symptomatique de l’époque que nous traversons, le baromètre 2022 de la confiance dans les média vient de sortir.
Après une hausse importante enregistrée début 2021, il est marqué cette année par un net recul des individus se déclarant intéressés par les moyens d’information (62%, -5 points). Ce niveau d’intérêt, plutôt de désintérêt, se rapproche des niveaux historiquement bas observés en 2020 (59%) et 2018 (62%). Une fracture générationnelle s’observe nettement, avec un décrochage particulièrement marqué chez les jeunes, qui affichent une diminution de 13 points pour atteindre 38%, niveau le plus bas jamais atteint par cette catégorie.
La télévision, média préféré des Français, recueille paradoxalement un niveau de confiance de seulement 44 %. La radio, vecteur d’informations auquel ils faisaient traditionnellement le plus confiance, surnage à 50 %. La presse écrite s’effondre aussi à 49 %, tandis que la confiance des Français dans les informations trouvées sur internet reste à un niveau très faible (24%).
Une certaine convergence de la crédibilité perçue des media traditionnels se dessine donc.
Toutefois, près des trois quarts des sondés estiment toujours que les journalistes ne sont indépendants ni du pouvoir politique ni des pressions de l’argent… Il faut dire que de nombreux exemples récents viennent accréditer cette thèse !
La crise des gilets jaunes a vu les habitudes évoluer. Et ne parlons pas de celle du Covid où mensonges d’état (dont certains reconnus depuis), incohérences et manipulations se succédèrent éhontément. Un mal pour un bien ?
Comme sa racine latine « informare » l’indique, l’information influe, donne forme, cisèle, et même détermine, la pensée de l’opinion publique. C’est vrai.
Cela dit, elle n’est que l’effet d’une cause préalablement événementielle. Bien souvent politique.
Ainsi, si informer convenablement exige de vivre sur un rythme effréné permanent, notamment de devoir être joignable et réactif partout et tout le temps, il faut bien reconnaître que la fonction colore toutefois l’existence d’aspects passionnels et effervescents. Une passerelle autorisée vers un idéal évolutif et libérateur, avec lequel j’assume, pour ma part, flirter quotidiennement.
C’est pourquoi il m’arrive régulièrement d’aller déambuler dans certains « lieux de vie », tôt le matin ou tard le soir. Que cela soit en centre-ville ou en zone « périphérique »,  là où s’entrecroisent accoudés au zinc, devant le petit noir (ou d’autres breuvages), ouvriers du bâtiments, professions libérales, fonctionnaires, étudiants, couples en approche de rupture ou de formation… Il suffit d’écouter et de regarder pour bénéficier d’un authentique révélateur sociétal !
Cœur de cible d’un lectorat véritablement populaire, trop oublié des élites technocratiques et qui en vient aujourd’hui à manifester (non sans une certaine part de légitimité) sa défiance envers les institutions.
Qui plus est, ces « tranches de vie », permettent de bénéficier du temps de recul nécessaire à l’exploration et la réalisation de documentaires sociétaux, transversaux, profitables à notre quête de sens : poser les bonnes questions, et trouver les vraies réponses.
Comme quoi, en définitive, qu’il s’agisse d’information ou de relations humaines, au-delà des mots et des apparences, tout se résume bien souvent à une simple question de confiance réciproque…