Éditorial

Du pire au meilleur

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L’incendie apocalyptique de Notre-Dame de Paris a bouleversé le monde entier.
Ce qui est normal, car l’édifice emblématique représente bien plus qu’une simple cathédrale. C’est un symbole œcuménique, qui a commencé d’être érigé il y a près de neuf siècles, qui a traversé le temps, qui a survécu à la révolution…
Dans lequel Saint-Louis a ramené la Sainte Couronne d’épines, instrument de la Passion qui fut posé sur la tête du Christ avant sa crucifixion. Dans lequel s’est déroulé le sacre de Napoléon en 1809.
C’est aussi un concentré du savoir-faire des bâtisseurs qui y ont ciselé la pierre brute, et orné les vitraux pour qu’y entre la lumière idéale. Juste et parfaite…
Un joyau de notre patrimoine, point de départ de toutes les routes de France, qui abrite moult chefs-d’œuvres architecturaux, artistiques, et autres reliques sacrées.
Au même titre que le Taj Mahal, la Grande Muraille de Chine ou le Mont-Saint-Michel, Notre-Dame est un symbole de ce que l’être humain sait faire et être de mieux.
De ce qui le sublime, par amour, par espérance et par ferveur.
A l’inverse, l’incendie de Notre-Dame a aussi révélé ce que l’être humain sait être de pire. Beaucoup (et c’est leur droit) n’ont pas partagé cette émotion de voir partir en fumée, un tel joyau, témoin de notre Histoire. Pire toutefois, (car contrairement à l’indifférence ou l’athéisme, tout à fait acceptables, l’incitation à la haine, qui plus est d’une religion, est quant à elle un délit), dès les premières flammes, un flot de commentaires méprisants s’est rapidement déversé via les réseaux sociaux. Des tirades qu’il semble préférable de ne pas retranscrire ici…
Sauf peut-être celle d’une responsable du bureau national de l’Unef (premier syndicat étudiant), qui dit “s’en fiche de Notre-Dame de Paris, s’en fiche de l’Histoire de France”.
“Vous aimez trop l’identité française alors qu’on s’en bat les c… objectivement, c’est votre délire de petits blancs”.
Ou encore cette magnifique “lueur” pleine d’esprit des jeunes libertaires pour qui “la seule église qui illumine est celle qui brûle”.
Ainsi, des centaines de messages similaires (provenant principalement d’obédiences du même acabit) ont légitimement scandalisé de très nombreux internautes.
Ce à quoi, à l’instar des autorités, les principaux médias nationaux sont restés étrangement silencieux…
Des propos plus surprenants que blessants, mais surtout révélateurs de la fragmentation de notre société. D’une véritable ligne de démarcation entre ceux qui, peu importe leur origine, leur confession ou leur conviction politique, adhèrent à la notion d’identité française (socle qui nous permet de faire corps et nation : liberté, égalité, fraternité) et au respect, sinon du sacré au moins du symbolique, républicain comme religieux, et les autres.
On serait davantage tenté de prier pour le salut de ces quelques brebis égarées, que de les haïr, car finalement, “ils ne savent pas ce qu’ils font”…
Cela dit, ne doutons pas que Notre-Dame de Paris se relèvera plus grande et plus forte.
Pour preuve, mardi matin, juste à côté des cendres encore fumantes, l’autel et la croix demeuraient intacts et brillants.
Vibrante image pleine d’éclat, qui nous amène à nous convaincre, en ce lendemain de fête de sa résurrection, que le Christ sera toujours plus fort que la mort.