Éditorial

Le masque de Z

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Le matin du 1er décembre 2021 se leva comme tous les matins du monde, sur nos existences problématiques. L’aube était douce, la lumière clémente, l’air était frais. Jusqu’alors moqués, méprisés, dénigrés, on eût dit que les éléments se rassemblaient, que les lois de la nature faisaient converger leurs forces et leurs évidences, pour mieux entamer la métamorphose de notre époque.
Pour la première fois depuis trop longtemps, l’actualité politique redevenait vivante. Elle qui habituellement laissait plus d’un Français sur deux indifférent et désabusé, suscitait (et ressuscitait) enfin de l’intérêt. Un fait majeur et inédit se déroulait sous nos yeux.
C’est en cela que le Z avait réussi son premier coup.
Soit on l’adorait, soit on le détestait, mais on ne parlait que de lui.
Dans les allées des supermarchés, devant la machine à café, ou sur le zinc du bar du coin, il monopolisait les conversations, s’accaparant l’ouverture des chaînes d’information en continu et s’affichant à la une des grands quotidiens nationaux.
C’est vrai qu’il y avait matière à commenter, tant cette candidature détonnait, se différenciait, désarçonnait l’habituelle tambouille politico-médiatique, pâle et tiède, bienpensante et conformiste. Mais tout ça, c’était avant.
Désormais, les codes étaient définitivement brisés, les vrais sujets posés sur la table et courageusement désignés.
De ce fait, ceux qui sont ou avaient été aux affaires, laissant s’envenimer la situation depuis des décennies, allaient devoir en répondre. Pour la première fois de leur vie, ils ne pouvaient plus faire semblant d’ignorer ce qui les dérangeait tant. La réalité d’un déclin, consécutif à leur échec, leur incompétence, ou leur malhonnêteté intellectuelle.
La première bataille, âprement livrée contre un système décadent et vérolé, avait été remportée grâce à de nouvelles armes : le savoir, l’écriture, l’invariabilité…
Une plus-value inconnue était apparue : la flamme déraisonnable de la passion. Laquelle, certes, nourrissait parfois certains excès, mais demeurait incontestablement authentique, fiable et rassurante, là où tant d’autres n’affichaient qu’ignorance, laxisme, utopies progressistes et mensonges éhontés.
Le matin du 1er décembre 2021 se leva comme tous les matins du monde, sur nos existences problématiques. Un nouveau jour naquit sur la planète France.
Le Z n’avançait plus masqué. Et pour cause, il démasquait sans complexe les impostures de ses rivaux.
Le débat politique se préparait à sortir des marécages nauséabonds du déni et l’immobilisme dans lequel il était resté englué trop longtemps. Abrutissant les indignations, taisant les injustices, ignorant les souffrances, étouffant les révoltes.
À tort ou à raison, qu’importe. Toujours-est-il que les règles du jeu venaient subitement de changer.
Or, l’essentiel était bien là. On allait enfin vibrer un peu…