Éditorial

L'horizon des événements

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Il était un peu plus de 20 heures. La nuit froide de novembre terminait de tomber entre les tours. Une brume hostile s’était déjà emparée du pays depuis plusieurs heures, plongeant l’immense majorité de sa population dans une sorte de léthargie hasardeuse. Résignée qu’elle était, suspendue à quelques mots, quelques informations plus ou moins orientées, quelques nouvelles directives que l’on allait lui infliger. De mauvaises réponses à de vrais problèmes, pour l’essentiel.
A travers les fenêtres des immeubles, on distinguait presque toujours la même image sur les écrans de télévision : l’allocution présidentielle, en plein exercice.
Toutes ces cellules familiales devenues mosaïques existentielles d’une zone péri-urbaine, semblaient attendre, douter, sinon angoisser ensemble. Téléspectatrices de leur destinées insatisfaites. Victimes circonstancielles, en quelque sorte.
En passant devant les résidences plus proches, parvenant mieux à l’apercevoir, je l’imaginais le ton grave, l’attitude théâtrale, le verbe excessif. Comme à son habitude.
Je pouvais presque ressentir sur les âmes avoisinantes, retomber l’effet du discours qui vraisemblablement devait alterner déni de réalité, idéologie décadente et clientélisme. Oscillant entre campagne vaccinale et campagne électorale.
Nous n’étions plus qu’à quatre mois du terme, la tentation était trop forte.
J’en arrivais à penser que c’était de bonne guerre : tous l’avaient fait avant lui, et d’autres le feraient après. Le système était conçu pour cela.
Toutefois je m’interrogeais. Combien allaient résister à cette énième opération de propagande ? Combien allaient se rendre compte de ce perfide et volontaire immobilisme, face aux antagonismes qui divisent le pays en communautés d’intérêts particuliers ? Combien allaient comprendre que le jeu était truqué ? Que la seule manière de gagner était d’en sortir ?
Arrivé chez moi, j’allumais un feu de cheminée. Un peu de buée se formait sur les vitres. Le contexte était certes mélancolique mais émotionnellement productif.
En ramenant une panière de bûches, je constatais qu’il me restait environ 6 stères de bois en stock. Sûrement m’en manquerait-il avant la fin de l’hiver.
Peu importe au final. D’ici là, les choses auraient changé. Peut-être même, que des dogmes auraient basculé. Qu’une nouvelle forme d’espérance aurait émergé à l’horizon des événements.
Mais tout cela était bien loin. Pour tutoyer les jours meilleurs, il fallait encore attendre que le temps accomplisse son œuvre.
Patienter sans anticiper. Cesser de se faire du mal pour rien. Parvenir enfin à lâcher prise.
Demain serait sûrement un autre jour. C’était une réconfortante certitude. La seule pour l’instant.
On verrait bien…