Éditorial

Ghosting

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L’arrivée du printemps, l’effervescence des sens qui s’y rapporte et probablement quelques éléments d’une nature que j’assume voire revendique idéaliste, m’amène de plus en plus à “isoler” ce qui parasite l’équilibre des relations humaines.
Puisque par la force des choses, nous allons durant les mois qui se profilent vivre davantage dehors, nous devrions donc théoriquement tous entreprendre la démarche de plus et mieux communiquer, échanger, se rapprocher.
Or pour cela, même si notre vie est parfois bousculée, il s’avère indispensable de répondre “dans un délai raisonnable” lorsque l’on nous sollicite (appels, mails, sms), et surtout d’accepter de prendre le temps (quelques secondes suffisent) pour considérer l’autre.
Ce qui permet d’avancer avec efficience, en faisant face à ses responsabilités, qu’il s’agisse de la vie professionnelle, familiale, amicale, ou amoureuse.
Seulement voilà, une nouvelle tendance comportementale (vraisemblablement issue des sites de rencontre et des réseaux sociaux) est aujourd’hui en pleine émergence : le ghosting !
Un procédé qui comme son nom l’indique, amène soudainement et sans explication, à devenir fantomatique et invisible : ne plus répondre puis disparaitre…
Un comportement lâche et immature qui en réalité, consiste à se cacher derrière son petit doigt, se réfugier dans le silence et ignorer un interlocuteur qui bouscule nos certitudes, de peur d’avoir à répondre clairement et spontanément à nos manquements, nos carences, nos incohérences. Ce que beaucoup préfèrent se refuser de voir, plutôt que d’y remédier avec courage et honnêteté. (Le malheur est si confortable…)
Problème majeur, cette forme de renoncement, conséquence de divers schémas toxiques (labyrinthe d’insatisfactions, de névroses, de manque de confiance et de succession d’échecs, dont quelques individus ne trouvent jamais la sortie) condamne à la stagnation, à l’inertie et donc… au marasme relationnel.
Si le ghosting ne provoquait pas de conséquents dommages sur les personnes qui en sont victimes, on admirerait presque cette surprenante capacité à bannir, anéantir, black-lister, sans jamais s’en émouvoir. Cette effroyable froideur narcissique, orchestrée sans la moindre once de culpabilité.
Pour se protéger, une solution consiste à simplement se respecter soi-même, à faire face, (ce dont le ghosteur est incapable) en souriant à ce comportement nuisible.
Pas si simple de lâcher prise, mais tellement salvateur.
Et puis cela nous laisse plus de temps et recentre notre énergie pour apprécier les plaisirs simples de la vie, avec d’autres qui, eux, sauront nous apprécier pour ce que l’on est.
Même si, convenons-en, obtenir une explication eut été nettement préférable pour entamer le chemin de la résilience, œuvrer à l’évolution personnelle et sublimer l’amertume.
Lot de consolation pour l’être “ghosté”, lui sait qu’il s’endort chaque soir, en phase avec sa conscience et son idéal, tout en sachant qu’il se lèvera demain matin pour savourer une existence qui lui ressemble.
Un vrai luxe, qu’est cette permanente sensation d’accomplissement, de réalisation et d’exaltation, dont ne jouit probablement pas l’indigne auteur(e) du ghosting…