Derrière la guerre d’Ukraine, la guerre du gaz…

Dans les tractations géopolitiques ou diplomatiques, l’Europe se trouve en position de faiblesse du fait de sa dépendance énergétique.

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Et si le robinet russe coupait brutalement le gaz à l’Europe ? La question, pourtant capitale à l’heure où les cours du gaz naturel flambent et pénalisent déjà fortement entreprises et particuliers français, ne fait bizarrement pas toujours les gros titres. Et pourtant l’Europe toute entière dépend étroitement des richesses gazières russes, exportées via des gazoducs traversant entre autres l’Ukraine. En 2020, 43 % du gaz importé dans l’Union européenne provenait de l’ex-pays de Soviets selon Eurostat, mais cette proportion grimpe dans des pays tels que l’Allemagne (66%) entre autres (lire encadré). Des pays dont certains ont engagé une transition vers une énergie « verte » qui ne couvre pas encore leurs besoins. L’hiver qui s’achève, plus long que la normale, a également mis à mal les réserves stratégiques des pays européens : malgré les déclarations rassurantes de l’UE, fin janvier les stockages français étaient par exemple remplis à 33 %. Une situation préoccupante, d’autant plus que les alternatives au gaz russes semblent bien ténues. Les gazoducs algériens et norvégiens par exemple, fonctionnent déjà à plein régime, et contrairement au pétrole, le gaz s’avère plus difficile à transporter. Ceci supposerait en effet des infrastructures (terminaux portuaires) actuellement inexistantes ou sous dimensionnées, permettant d’accueillir du Gaz Naturel Liquéfié (GNL) opportunément produit par le Qatar…ou les Etats-Unis qui se feront sans doute un plaisir de le vendre au prix fort. L’Asie (Chine, Corée, Japon) importe en effet déjà massivement du GNL, ce qui risque là aussi de faire flamber les cours…

Des tensions aussi à moyen terme

D’une manière générale, les experts mondiaux s’accordent à reconnaitre que rien, à l’heure ou nous écrivons ces lignes, ne pourrait remplacer les importations de gaz russe. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné a même déclaré : « Si on me demande ‘comment vous faites si les 40 % de gaz russe disparaissent ?’, alors là je peux vous dire que je ne sais pas faire ». C’est pourquoi les mesures de rétorsion initialement prévues par l’Europe à l’encontre de la Russie esquivaient délicatement le secteur énergétique. Une pirouette peut-être mis à mal par l’exclusion des banques russes du système Swift, système mondial permettant de réaliser toutes les transactions interbancaires…comme par exemple le paiement des importations de gaz russe. Ne plus pouvoir commercer avec la Russie à travers ce canal revient plus ou moins à revenir à l’âge de pierre, mais le temps qu’elle entre en application de l’eau aura coulé sous les ponts, et du gaz dans les gazoducs. Si la menace d’une Europe privée de gaz à court terme parait donc limitée, de sombres augures planent sur le restant de l’année 2022. Reconstituer les stocks de gaz au plus bas pourrait maintenir la tension sur les cours durant l’été voire l’automne, renforçant une inflation dont chacun se serait bien passé. Une situation inédite, au moins depuis la crise énergétique connue en 2008.

La rédaction

Les pays les plus vulnérables

Outre l’Allemagne -déjà citée- l’Italie tirerait près de 50% de son gaz de la Russie. Tirant les leçons de fâcheux précédents avec la Russie, la France n’a heureusement pas mis tous ses œufs dans le même panier. Toujours selon Eurostat, en 2019 l’Hexagone se fournissait principalement en Norvège (35 % des importations de gaz naturel) devant la Russie (20 %) suivie du Nigéria, des Pays bas, de l’Algérie, etc. Mais notre pays importe malgré tout la bagatelle de 99% de ses besoins en gaz…