Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs

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Peu importe que le lieu n’ait jamais existé, mais est-ce vraiment important, lorsque l’on se rend compte que notre réalité n’est bien souvent qu’une lamentable imposture politique, mercantile, et/ou intellectuelle ?
Toujours est-il que la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs sonne creux depuis la disparition le week-end dernier à 66 ans, de François Hadji-Lazaro, fondateur des Garçons bouchers, de Pigalle, producteur du label Boucherie productions, génie multi-instrumentiste, acteur, véritable figure de proue du punk rock alternatif en France.
Colosse loufoque, crâne lisse et visage rond, homme orchestre, l’auteur subtil et engagé qu’il était, décrivait tellement justement, tellement talentueusement, tellement savoureusement l’ambiance des rades urbains ou péri-urbains de l’époque (bénie) du début des années 1990.
Quand se juxtaposaient encore couramment, dans les bas-fonds des différents lieux de vie, d’ivresse et d’excès en tous genres, les âmes éplorées, les noceurs cabossés par les chagrins d’amour inconsolables et l’hébétude des tourments ordinaires.
J’avoue demeurer un incurable nostalgique de ces moments, de ces endroits, de ces circonstances, de ces rencontres et de ces nuits plus ou moins recommandables, qui ont chacun à leur manière, façonné ma différence.
Les naufrages du temps se côtoyaient bien plus qu’aujourd’hui au bord du comptoir, par le biais d’un inexplicable mais savant mélange idéalement résumé  : « le meilleur et le pire ».
C’était heureux.
Pour en revenir à François son univers et son extraordinaire itinéraire, quelle drôle de destinée pour cet instituteur qui décida un beau jour d’abandonner les salles de classe pour tenter sa chance de vivre de sa musique dans les couloirs du métro !
Le talent fera le reste, par la force des choses.
Il faut dire que l’artiste aux inconditionnelles bretelles possédait quelque chose de très français, très poétique, très vendeur en définitive.
Alors qu’il ne souhaitait pourtant surtout pas l’être ! Suprême paradoxe des génies de leur temps.
Sa démarche ? Un certain idéal, un art de vivre, d’amour de l’amour, du vin rouge mais surtout de la liberté…
Sur tous ces points, je le rejoins.
Lundi prochain, nous détaillerons mieux pourquoi…