Jura. Augmentation alarmiste de la pauvreté !

Un peu partout dans le pays mais encore davantage sur les secteurs ruraux comme les nôtres, la précarité gagne du terrain. Notamment concernant les femmes...

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Théophile Bertin, responsable de l'antenne doloise dévoile les chiffres annuels.

Le Secours Catholique appelle à une « révolution fraternelle »

 

En Bourgogne-Franche-Comté, la délégation du Secours Catholique se compose de 900 bénévoles répartis dans 35 équipes locales.
Si l’on ressert la focale sur le Jura, on enregistre près de 1417 ménages rencontrés par 161 bénévoles au travers des 8 lieux d’accueil (Dole, Salins, Poligny, Champagnole, Lons, Sud Revermont, Petite Montagne et Saint-Claude) et des 5 groupes d’action collective, soit environ 3000 personnes.

Le profil général des personnes rencontrées

Pour 2022 (bien que les premières estimations de 2023 semblent contredire cette tendance), on note moins de familles monoparentales et de mères isolées, mais plus de femmes seules et d’hommes seuls : 30.4% et 28,4%.
Toujours est-il que le niveau de vie médian des ménages accueillis a baissé de 7,6% ! Il est désormais inférieur à 527€ par mois…

Point d’actualité sur les aides accordées :

L’évolution des aides 22/23 fait état d’un accroissement de 14% à 29% pour les aides au transport et de 3 à 11% pour l’aide alimentaire. Ce qui en dit long sur l’onde de choc de l’inflation (énergie, alimentation, produits d’hygiène ou de première nécessité) qui se ressentira encore durant de nombreux mois, pour les ménages les plus modestes, devenant hélas, de plus en plus nombreux.
« L’évolution des profils aidés 22/23, passant de 15 à 26% de familles monoparentales est le signe révélateur d’une situation de crise majeure qui touche les biens de première nécessité et les difficultés des opérateurs de l’aide alimentaires à fournir le niveau des demandes » précisaient Antoine Aumonier, délégué de Franche-Comté, et Théophile Bertin, animateur et responsable de l’antenne doloise, lors d’un point presse organisé mercredi dernier, destiné à dévoiler en détails le tout nouveau rapport statistique sur l’état de la pauvreté, nationale et locale.

 

Il faut souvent beaucoup de temps pour se reconstruire. Pour cela, les groupes de parole sont essentiels.

 

Des témoignages touchants…

Sur place, au 51 avenue Jacques Duhamel, où se retrouvent chaque mardi, jeudi et vendredi matin lors de « cafés conviviaux » aidants et aidés, ceux-ci témoignaient tour à tour de leur quotidien, et des situations aussi dramatiques que révoltantes qui vont avec.

« J’ai passé 5 ans à dormir dans ma voiture. L’assistante sociale que je voyais n’arrivait pas à me trouver de logement. Et puis, pour les quittances de loyer c’était compliqué… Tout est dématérialisé. Comment faire quand on ne sait pas se servir d’un ordinateur et que l’on a pas internet ? Sans compter les délais de traitement de la CAF qui peuvent aller jusqu’à 5 ou 6 mois ! Elle ne pouvait rien faire. Alors oui, pouvoir venir parler ici ça fait du bien. Même si parfois, on a un peu honte » confiait lors d’un aveu désarmant, une habituée des lieux, ayant depuis progressivement repris confiance en elle.

Était également évoqué le « mal du siècle » qui s’est encore amplifié depuis la crise du Covid.
La solitude, l’isolement, l’absence de lien social. Cette sorte de déshumanisation progressive qui ne dit pas son nom et provoque parfois bien plus de maux que les difficultés financières.

« La précarité, ce n’est pas seulement les problèmes de découvert à la banque. C’est aussi le manque d’accès aux soins, à la mobilité. Tout ce que l’on ne peut pas faire : sortir, s’offrir des loisirs, partir en vacances, aller chez le coiffeur, se faire un petit restaurant, un apéro ou même aller au cinéma. On ne demande pourtant pas grand chose. Juste de pouvoir vivre un peu… » concluait une autre participante à la table ronde.

 

Les femmes en première ligne…

 

Les femmes en première ligne

Les premières victimes de la pauvreté sont les femmes, surtout les femmes avec
enfants, et ce, tout au long de leur vie : qu’elles soient jeunes, travailleuses précaires,
cheffes de famille ou encore femmes âgées. L’effet du temps partiel, du non accès à
l’emploi et celui des carrières moins souvent complètes pénalisent particulièrement les
femmes. Et si le fait d’avoir des enfants limite le risque de vivre sans aucune ressource,
il augmente celui d’être en situation d’extrême pauvreté.