Après quarante-cinq ans passés au service de l’hôpital public, Gilles Chaffange s’apprête à tourner la page, dans les prochains jours. À la tête du centre hospitalier Louis Pasteur de Dole depuis 2019, il laisse derrière lui un établissement profondément transformé, marqué par la crise du Covid et par un pari audacieux : maintenir une chirurgie publique de proximité.
Entré à l’hôpital « en poussant la serpillière », Gilles Chaffange n’a jamais quitté le service public. « Je pars en retraite aujourd’hui après 45 ans dans la fonction publique hospitalière », résume-t-il simplement. Une carrière en deux temps : plus de vingt ans dans la filière soignante, comme infirmier puis cadre de santé à l’hôpital psychiatrique de Saint-Ylie, avant un virage vers les fonctions de direction au début des années 2000. « Je n’ai jamais eu le sentiment de venir travailler à reculons », confie-t-il, revendiquant un parcours sans regret.
Arrivé à la direction du centre hospitalier de Dole en 2019, il est rapidement confronté à ce qu’il qualifie de « tsunami », la pandémie de Covid-19. « L’arrivée de la crise sanitaire a été inimaginable. Avant le vaccin, c’était la guerre. » Gestion des pénuries, isolement, décès : la pandémie bouleverse les priorités mais ne remet pas en cause le cap. « On n’a pas changé fondamentalement nos orientations », insiste-t-il.
Le pari de la chirurgie maintenue à Dole
Parmi les dossiers les plus sensibles figure celui de la chirurgie. Un enjeu vital pour l’hôpital, alors que les départs à la retraite des chirurgiens faisaient planer la menace d’une disparition pure et simple de l’activité. « Si rien n’était fait, il n’y avait plus de chirurgie à Dole », tranche Gilles Chaffange. La solution passe par un partenariat inédit avec le CHU de Besançon : des chirurgiens hyper-spécialisés qui viennent opérer à Dole en ambulatoire, tout en maintenant consultations et suivi sur place.
« Ça peut paraître plus compliqué, mais c’était ça ou rien », assume le directeur. Le projet s’appuie sur un investissement majeur : la reconstruction du bloc opératoire, pour près de 14 millions d’euros. Aujourd’hui, il en fait sa plus grande fierté. « J’ai l’impression qu’on a pérennisé l’activité de chirurgie publique à Dole. »
Moderniser pour mieux accueillir
Sous son impulsion, l’hôpital s’est aussi modernisé : renouvellement de l’IRM, du scanner, des équipements de radiologie, mais aussi réhabilitation du hall d’accueil. « On a voulu ramener de la lumière, des espaces, des couleurs douces, pour que les gens se sentent bien quand ils arrivent », explique-t-il. Une attention portée autant à la technique qu’à l’humain, fidèle à sa conception du rôle de directeur : « Créer les conditions pour que le médecin puisse travailler dans les meilleures conditions possibles. »
Sa dernière cérémonie de vœux, ce jeudi 22 janvier, vécue comme un moment « fort » et chargé d’émotion, marque la fin d’un cycle. « C’est clore 45 ans d’engagement. Ce n’est pas simple », reconnaît-il. Avant de se projeter vers d’autres formes d’utilité collective, Gilles Chaffange s’accordera d’abord une pause. « Il ne faut pas s’arrêter du jour au lendemain. » Une transition à l’image de sa carrière : réfléchie, engagée et profondément humaine.

























