900 manifestants défendent les hôpitaux

Elus, soignants, habitants, se sont mobilisés. Ils sont venus de Champagnole, Saint-Claude, Dole, Lons, Coeur du Jura, Besançon...

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Elus, soignants, habitants se sont unis pour défendre les hôpitaux.

Pour défendre la santé de la population jurassienne, « menacée », 900 personnes « seulement » (ils étaient 1 600 à défendre l’hôpital de Champagnole à Champagnole en novembre) se sont retrouvées à la gare de Lons-le-Saunier samedi dernier, avant de rejoindre la place de la Liberté. Beaucoup ont déploré que le cortège ne passe pas devant le centre hospitalier.
« A Champagnole, on nous avait promis une vingtaine de lits de médecine en plus, l’arrivée d’un scanner. Les bruits de couloir disent que les SSR (soins de suite) vont sans doute fermer. Comment être labellisé hôpital de proximité s’il ne reste qu’un Ehpad ? ,a interrogé Michèle Vincent, présidente du comité de défense des hôpitaux Jura Sud. Les points forts de cet hôpital étaient l’accueil humain, on avait le temps de s’occuper des patients ; le personnel compétent, aujourd’hui sous-utilisé et qui sert de bouche trou, est en burn-out et prêt à démissionner. »
Sur la promesse de déploiement d’une équipe médicale d’urgence (EPMU) au 1er mars, elle parle de « catastrophe s’il n’y a pas d’urgence derrière. Pourquoi ne pas mettre une ligne de Smur et les consultations non programmées à Champagnole et une EPMU à Lons qui est surchargé ».
Depuis la fermeture à Champagnole, notre rédaction reçoit chaque semaine des témoignages de patients sur leur prise en charge aux urgences de la préfecture. Le personnel n’est pas mis en cause mais plutôt les conditions dans lesquelles il doit travailler et dans lesquelles les malades sont accueillis.

Les élus ont défilé en tête de cortège.

Le laboratoire de Saint-Claude bientôt fermé ?

« Cinq ans qu’on se bat à Saint-Claude », est intervenu Jean-Louis Millet, plus facilement que d’autres élus hués par les manifestants. Le maire affirme que le laboratoire va être également fermé, remplacé par des automates. « Il y a un effet domino qui a commencé il y a quinze ans. Il y a une vaste contestation aujourd’hui et j’en suis content. Il n’est jamais trop tard. Après Champagnole et Saint-Claude, Lons et Dole sont touchés. »
L’élu a invité la ministre déléguée chargée de l’Organisation territoriale et des professions de santé, Agnès Firmin Le Bodo, qui a confirmé sa venue. « Si la persuasion ne réussit pas, il faudra poursuivre la contestation. J’espère qu’il y aura la neige pour venir à Lons. » Histoire de comprendre ce que subissent les femmes du Haut-Jura qui parfois accouchent au bord de la route depuis la fermeture de la maternité.
« On ne cherche pas à déshabiller un hôpital pour en habiller un autre, a insisté Laurence Bernier, du comité de défense de Dole. On est tous ensemble pour défendre nos hôpitaux. »
Et de rappeler que dans le Jura, 30 % de patients n’ont pas de médecin traitant déclaré et 34 % renoncent aux soins, le plus souvent par difficulté financière.

Soignants, usagers, venaient de tout le Jura, voire de Besançon.

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Un médecin de Champagnole témoigne

Le docteur Bruno Guinchard a été médecin urgentiste pendant cinq ans à Champagnole.
« Pendant quarante ans, j’ai exercé une médecine humaine et de proximité dans mon cabinet à Besançon. Les boîtes intérim m’ont ensuite contacté pour être médecin urgentiste. » Le docteur est intervenu dans différentes villes.
« A Champagnole, j’ai trouvé une médecine humaine. J’ose dire que beaucoup de gens ont été satisfaits. » Il a travaillé aussi à Saint-Claude.
« Je remercie aussi les médecins étrangers car sans eux, nous n’aurions depuis plus longtemps plus aucun hôpital de proximité. »
Pour lui, Champagnole n’est « qu’une étape de plus dans le démantèlement programmé de tous les hôpitaux de proximité. La fermeture n’est pas due au manque de médecins. Il a été vidé quelques semaines avant. Moi, on m’a dit que j’étais incompétent. Ils ont mis 45 ans à s’en apercevoir. »
Le docteur Guinchard se dit capable de remplir les tableaux de garde des trois mois à venir au Smur de Champagnole…

Pour Bruno Guinchard, Champagnole n’est qu’une étape de plus dans le démantèlement programmé de tous les hôpitaux de proximité.

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Danielle Brulebois ne combat pas dans la rue

La députée est intervenue auprès du ministre de la santé, François Braun. Une EPMU sera mise en place à Champagnole à partir du 1er mars. « D’autres EPMU devraient d’ailleurs se déployer en d’autres points du territoire départemental et régional. Il n’est pas question de fermer cette ligne de Smur, mais on manque de médecins. »
Concernant le centre hospitalier de Lons-le-Saunier, l’élue « regrette qu’il soit dénigré tous les jours. J’ai beaucoup de regret pour les soignants, les médecins et les chirurgiens qui y travaillent et le président du conseil de surveillance, le maire de Lons-le-Saunier, devrait mettre en avant les réussites de notre hôpital et de ses équipes. »
Elle rappelle qu’elle a obtenu la reprise de la dette abyssale (7 M € par an depuis cinq ans), en 2022 des investissements de 80 M € pour le groupement hospitalier Jura Sud, de 33 M € pour l’hôpital de Lons-le-Saunier, la revalorisation des salaires avec le Segur de la santé, le paiement des heures supplémentaires, l’engagement du ministre de mettre à l’étude un projet de construction d’un hôpital neuf à Lons-le-Saunier.

La députée est intervenue auprès du ministre de la santé.