Mon horoscope me dit que les Bélier doivent s’attendre à de belles rencontres amoureuses. Qu’à cela ne tienne ! Je me suis fait tout beau même si je ne crois guère au zodiaque qui m’a si souvent trahi. (1)
C’est l’occasion de réviser les mots des amours naissantes. (2)
Dans l’Antiquité, on poursuivait l’objet de son amour. Au Moyen-Âge, au temps de l’amour courtois, on servait sa promise. À la Renaissance, on priait d’amour. Au milieu du XVIème, l’élégant faisait le muguet pour séduire sa dame. C’était charmant et parfumé mais le muguet est un peu cloche. Trente ans plus tard on la courtisait. Ça n’était plus la même dame, c’était sa fille. Et vingt ans plus tard on cajolait. C’était top mais il y avait des cageots et très vite on ne fit que s’amouracher (3). À tant se lutiner (4) on finit fin XVIème par… se biscoter ! C’était chaud car « biscoter » nous parle de deux côtés et c’est la bête à deux dos !
Au siècle suivant, enfin, on fit l’amour à sa belle. Mais ne rêvez pas ! L’Académie, en 1694, nous apprend que c’est lui faire les yeux doux. Encore raté !
Puis les amoureux se mirent à courir. La prétentaine d’abord, le guilledou ensuite (5). Au siècle suivant on courait toujours : le cotillon et bientôt, le jupon.
On papillonna, on marivauda, on chercha bonne fortune. On roucoula, on fit la cour… Et -la honte ! – c’est un mot anglais qui nous appris le flirt en 1855 (6). Il était temps !
Ensuite on fit le joli cœur et à force de faire du plat et de baratiner sa belle on devint un tombeur.
Au XXème siècle arriva la drague. On faisait des avances. Si la belle ne reculait pas d’une distance équivalente on faisait une touche ! Restait à rouler une pelle… Et on avait pécho pour le coup d’un soir ! (7).
En cas d’échec on peut tenter aujourd’hui de matcher sur Tinder.
Notes pour bien consommer et faire la chose :
(1) – Si un douzième de la population zodiacale (en l’espèce les Bélier) fait de belles rencontres c’est avec un autre douzième de la population zodiacale. Forcément. Je vous défalque les Bélier qui font de belles rencontres avec d’autres Bélier et qui ne doivent pas être compté deux fois.
C’est l’union (dans le meilleur des cas) de deux ensembles d’où l’on doit retrancher ceux qui appartiennent aux deux ensembles. C’est 15,97% de la population qui fait de belles rencontres. Belle semaine en vue.
Mais naturellement ce calcul est grossièrement faux car rien ne dit que la belle rencontre que vous faite et AUSSI une belle rencontre pour qui vous avez rencontré…
(2) – Amours, délices et orgues sont les pluriels féminins de mot qui -au singulier- sont masculins. On a tous appris çà à l’École. Il y a bien d’autres bizarreries dans notre langue : les bonnes gens sont souvent des gens heureux. Et ce bel après-midi restera parmi les plus belles après-midis de l’été. En Angleterre, j’ai acheté un livre qui en valait 20 et qui devait bien en peser 2.
(3) – Allez savoir pourquoi le cageot, ce panier à claire-voie servant au transport des fruits, légumes et volailles, est devenu un jour dans les années 70 le moyen de désigner une femme laide et peu attirante ? Ce manque d’empathie, cette absence de respect est coupable. D’autant que nous avions déjà le boudin qui nous suffisait largement.
(4) – « J’ai encore surpris l’Yvonne à se butiner derrière le presbytère avec le frère au Jean-Claude » dit la Marie-Madeleine. Mais non, Marie-Madeleine ! On dit se lutiner ! Qui dérive tout droit du lutin, petit enfant espiègle et taquin, toujours prompt à faire le diable.
(5) – Courir la prétentaine ne consiste pas à rechercher plutôt des femmes dans la force de l’âge comme le croit le Jean-Jacques à la Renée qui comprend « l’après-trentaine », ce niolu qu’a été bercé trop près du mur ! C’est tout simplement quand on est un drouillou d’aller en blondes avec l’idée de dégotter une drâleuse pour chenailler un bon coup. À la retirotte naturellement, sinon c’est pas d’jeu.
(6) – On l’a déjà dit ici mais je sais que certains sautent les passages scabreux. Fleureter au sens de voler de fleur en fleur nous a probablement été emprunté par les anglais avant de nous revenir en 1855. Le verbe anglais signifie s’agiter, remuer vivement et convient parfaitement à notre sujet du jour. Alain Rey nous dit que ce mot ne vient pas du français fleureter mais qu’il a peut-être une origine onomatopéique. Je vous laisse juge de reconnaitre si vous avez entendu un bruit qui faisait « fleurt’ ! » pendant vos ébats amoureux…
(7) – Pécho est le verlan de choper. Chopper début quatorzième c’était boiter avec ce bruit caractéristique d’une démarche qui fait « tsopp » à chaque pas. En 1800, on en a fait « prendre une gamelle, tomber » qui a donné se faire choper dont le sens a ensuite été contaminé par le verbe chiper…






















