Rubrique. Grands mots, grands remèdes : Je voulais vous en toucher deux mots…

0
64
Gérard Bouvier

On cause ! On cause ! C’est même le projet hebdomadaire de cette rubrique mais on est bien embarrassés quand il faut dire de combien de mots dispose la langue française (1).
Pour l’Académie française, c’est près de 53 000. C’est 60 000 pour le Petit Robert et plus de 63 000 pour le Petit Larousse illustré. Et encore j’ajoute à mi-mots, qu’ils seraient, au bas mot, un chouia plus nombreux si l’on comptait les gros mots (2).

Le département présent salon de l'agriculture 2026

On voudrait tous les aimer… Méfiance ! Il y a des faux-amis, des faux cousins qui ont des airs de famille, des homophones, des mots refaits, des contrefaits. Des mots altérés par notre soif de toujours en ajouter.

J’entends dire qu’il ne faut pas mâcher ses mots. Et qu’un chat est un chat. Pensez-vous ! Ce serait trop simple ! Aujourd’hui un chat est tout aussi bien un félin à moustache domestiqué chez nous depuis le néolithique qu’un programme d’intelligence artificielle qui discute avec nous en temps réel et en langage naturel. Ce dernier chat a perdu toute moustache mais il répond savamment à nos questions. Je sais bien qu’on ne pas tout avoir mais je regrette quand même cette moustache…

Curieux mot ! Et sournois ! Il faisait si froid qu’il n’y avait pas un chat ! Mais j’en suis revenu avec un chat dans la gorge (3) (4). La Marie-Madeleine à qui je soumettais cette énigme a donné sa langue au chat (5). J’ai compris qu’elle avait d’autres chats à fouetter.

Parfois nos mots dérapent. Ainsi la chouette hulotte, strix aluco pour les intimes, est souvent appelée chat-huant par les étourdis et les je-m’en-foutistes. Mais la chouette n’est pas un chat et elle est hululante et pas huante ni miaulante. C’est un dérapage de même nature que la chauve-souris qui n’est pas plus chauve que vous et moi et non plus souris.

Le fin mot de l’histoire, le mot de la fin, c’est qu’il faut nous méfier des mots. Il ne faut pas prendre les mots au pied de la lettre. Surtout les mots d’esprit. Ni les mots qui dépassent ma pensée.

Notes utiles pour compléter ce texte

(1)- Un matin d’avril que la rosée poudrait sur la campagne, j’ai voulu me retenir de dire un gros mot. D’autant que ma mère m’avait jadis appris que c’était un vilain mot et qu’en pareil cas le mot d’ordre était de ne pas piper mot. Comme j’avais ce mot sur le bout de la langue, j’ai tourné sept fois ma langue dans ma bouche comme le recommande -en pareil cas- la bienséance, Confucius et Socrate et aussi les Pères de l’Église. Je voulais mâcher mes mots avant d’avoir à m’en mordre les doigts. J’aurais mieux fait de parler à mots couverts ou de jouer sur les mots. C’est que, en un mot comme en mille, le mot a fini par dépasser ma pensée car c’était un mot plus haut que l’autre. C’était le mot de trop ; un mot malheureux et je le fus tout autant. Au moins aurais-je appris qu’il faut mesurer ses mots et peser avant d’en faire commerce gracieux. 

(2)- Dénombrer les gros mots fait exploser le compteur. Rien que sur la base « con » on peut compter une centaine de déclinaisons et con-jugaisons.
Laissons sur le bas-côté les connards, connasses, conneries et tous leurs déconnages… Reste les descriptions plus précises où chacun reconnaitra les siens : gros con, vieux con, sale con… Petit con à ne pas confondre avec le grand con. Ce serait quand même trop con !
Ne pas assimiler non plus les petits cons de la dernière averse avec les vieux cons des neiges d’antan. Même si le réchauffement climatique conduit à les… confondre.

(3)- L’idée d’avoir un chat dans la gorge est assez vexatoire. Et plus encore pour ceux qui sont allergiques à la bête.
La Marie-Madeleine me disait tantôt : j’avais un chat dans la gorge ! J’ai fait ni une ni deux j’ai pris du sirop pour matou. Et bin ! Chaloupé ! J’ai toujours…

(4)- Les français sont les seuls en Europe à avoir un chat dans la gorge. Les anglais, les allemands, les espagnols, les hollandais ont une grenouille dans la gorge. Ce qui ne les empêche pas de railler nous autres qui les mangeons. Ils ne se plaignent pas de leur état et n’envient guère les italiens et les portugais qui -eux- ont en gorge un crapaud.
Le mieux est de prévenir en faisant, dès potron-minet, des gargarismes avec de l’infusion de thym.

(5)- Donner sa langue au chat est une expression récente. Avant le XIXème, on jetait sa langue aux chiens. C’était plus prudent car à cette époque le chat était ce que nous appelons aujourd’hui la chatte. Et la langue était bien sûr déjà la langue… Épargnez-moi de vous faire un dessin.
L’expression nait d’un constat : quand on ne sait pas quoi dire, la langue devient un organe futile et superflu sombrant bien vite dans des tâches subalternes et médiocres. La langue peut dès lors, être jetée aux chiens, compris ici comme des agents de voirie carnivores.
L’image est choquante et interdite aux moins de 10 ans. On a donc préféré donner plutôt que jeter et préféré le chat réputé moins mordeur et incisif que le chien.