Olivier Bourcet, 56 ans, natif d’Oyonnax, père d’une fille d’une vingtaine d’années, sportif aguerri et aventurier dans l’âme, vit selon une devise simple : « Vis tes rêves, ne rêve pas ta vie ». Une philosophie qui pourrait faire écho à la célèbre phrase de Jacques Brel : « Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns ».

Plusieurs expéditions jalonnent déjà son parcours : le Népal et l’ascension de sommets himalayens de plus de 7 000 mètres sans oxygène, puis, plus récemment, en 2024, la traversée du Groenland d’ouest en est pendant un mois en ski de randonnée. Fort de ces expériences, Olivier Bourcet a choisi aujourd’hui d’orienter son activité vers la transmission.
Il a ainsi créé OB Performance, sous-titré « l’aventure de l’intérieur », afin d’accompagner celles et ceux qui souhaitent se préparer à des expéditions en milieu polaire. Les stages se déroulent dans le massif du Haut-Jura, près d’Oyonnax où il réside, sur des sessions de trois à cinq jours selon le niveau des participants. L’objectif est clair : rendre les futurs aventuriers autonomes en environnement polaire.
Gestion du matériel, adaptation au froid, sécurité, organisation de la vie au bivouac ou encore compréhension de l’environnement extrême figurent parmi les bases transmises. Les candidats viennent d’horizons variés — Tahiti, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Australie, Japon — avec des niveaux sportifs différents, mais un même désir d’aventure.


Des participants de tout horizons
Les images sont parfois magnifiques lorsque la météo le permet. Mais les conditions peuvent être sévères : chacun doit tirer une pulka, traîneau contenant vivres et matériel, dont le poids peut dépasser les cent kilos. Au sud du Groenland, près de l’ancienne station américaine abandonnée DYE-2, l’isolement est total.
Parallèlement, Olivier Bourcet pilote la branche « expéditions polaires » d’Expéditions Unlimited, organisme spécialisé dans les voyages en milieux polaires et de haute altitude, seul opérateur francophone à proposer également des expéditions au-delà de 8 000 mètres.
Avant chaque stage, un premier contact se fait en visioconférence afin d’évaluer compétences, attentes et cohérence du projet. Ensuite vient la coordination logistique, souvent complexe en raison des provenances internationales des participants. « Coordonner les périodes et les trajets n’est pas simple, ils viennent parfois de très loin », sourit Olivier.
Les stages se déroulent généralement à Lélex-Monts Jura, alternant théorie et pratique. Monter une tente en conditions extrêmes fait partie des exercices clés : d’abord à l’abri, puis en situation réelle, vent et neige compris. Une erreur sur le terrain peut devenir dramatique : tente emportée, matériel endommagé, exposition prolongée au froid.

L’organisation s’appuie également sur une logistique locale solide, avec notamment le gîte du Telemark, capable d’accueillir 38 personnes, ou encore le refuge de la Loge, situé à 1 436 mètres d’altitude, servant de base de repli.
La présence de la Réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura impose par ailleurs une vigilance particulière. Ambassadeur Pays de Gex – Monts Jura, Olivier Bourcet respecte strictement les règles environnementales : certaines zones Natura 2000 protègent des espèces menacées, dont le grand tétras. « Je n’y vais pas. Respecter ces espaces est indispensable si l’on veut préserver cet habitant des sommets », explique-t-il.
Quelques questions-réponses :
Votre rôle en quelques mots ?
« Prévenir et préparer les participants à tout ce qui pourrait leur arriver. »
Avez-vous des femmes candidates ?
« Oui, et elles sont de plus en plus nombreuses, environ 20 %. »
Combien de personnes formez-vous ?
« Une quarantaine cet hiver, par groupes de quatre à cinq. »
Le participant venant de plus loin ?
« Japon et Tahiti. »
Un conseil pratique ?
« Remplacer les petites tirettes de fermeture éclair par des plus longues pour pouvoir les manipuler sans enlever ses gants. »
Coût d’une expédition ?
« Entre 3 000 et 10 000 euros, parfois plus. Cela justifie pleinement la préparation. »

Le coût d’une expédition
Le coût des expéditions s’explique par une organisation complexe : transport, matériel, nourriture adaptée, autorisations administratives, dispositifs de secours, routeurs météo, communications satellites ou encore assistance médicale via l’Ifremmont, pôle d’excellence en médecine de montagne basé à Chamonix.
« Rien n’est bénin quand vous êtes isolé par -40 °C, loin de toute infrastructure, avec des ours polaires capables de détecter une odeur de nourriture à des dizaines de kilomètres », rappelle Olivier.
La nourriture doit être précisément calculée et transportée, chaque kilo comptant. Les dispositifs de secours doivent pouvoir intervenir rapidement si nécessaire.



Des projets plein la tête
Olivier Bourcet souhaite désormais accompagner davantage d’expéditions comme guide, travailler sur des tournages et reportages en milieu extrême et assurer la logistique d’équipes techniques afin qu’elles puissent se concentrer sur leurs missions.
Il envisage également de collaborer avec des médias ou des établissements scolaires. Lors de sa traversée du Groenland, il échangeait régulièrement avec une classe d’Oyonnax. À son retour, les élèves ont assisté à la projection du film réalisé à partir de l’expédition, prolongeant ainsi l’aventure.
Ambassadeur de la marque Millet, spécialisée dans l’équipement outdoor, il participe aussi au test de matériel destiné aux environnements extrêmes. « Sans équipement fiable, une expédition peut échouer, même avec la meilleure préparation », souligne-t-il.
Toujours en quête de partenaires, Olivier Bourcet met en avant l’intérêt mutuel de ces collaborations : tests grandeur nature pour les fabricants, visibilité pour chacun.

























