L’invité de la rédaction. Sylvie Vermeillet, sénatrice du Jura et vice-présidente du Sénat

Vice-présidente du Sénat depuis 2023, la sénatrice du Jura cumule responsabilités institutionnelles et dossiers locaux. Retraites, infrastructures, relations avec la Suisse ou avenir de l’Europe : Sylvie Vermeillet défend une action parlementaire ancrée dans le territoire.

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Sylvie Vermeillet Sénat
Sylvie Vermeillet est sur tout les fronts, que ce soit à Paris, ou dans le Jura.

Vous êtes vice-présidente du Sénat depuis votre réélection en 2023. À quoi correspond cette fonction ?

Être vice-présidente du Sénat, ce n’est pas seulement présider des séances, même si c’est la partie la plus visible. Pour ma part, je suis chargée de l’organisation et de la modernisation des travaux parlementaires. Cela recouvre des sujets très techniques mais essentiels au bon fonctionnement de l’institution.

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Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux de cette mission ?

Nous faisons face à une inflation très forte du nombre d’amendements, notamment sur les textes budgétaires. Or, constitutionnellement, nous n’avons que vingt jours pour examiner le projet de loi de finances. Cette année, cela a représenté 165 heures de débat et 3 500 amendements. Mon rôle est de trouver des solutions pour préserver la qualité du travail parlementaire sans restreindre le droit d’amendement.

À Paris, vous êtes aussi très investie sur les questions de retraites…

Je suis rapporteur de la mission retraites à la commission des finances. Je travaille sur la part du système qui pèse sur le budget de l’État, soit environ 76 milliards d’euros par an. J’ai notamment rendu un rapport sur l’emploi des seniors : si la France atteignait le même taux que l’Allemagne, notre système de retraites disposerait de sept milliards d’euros supplémentaires chaque année.

Votre action parlementaire a-t-elle aussi des retombées directes dans le Jura ?

Bien sûr. Je suis très mobilisée sur le dossier du Lyria, la ligne ferroviaire Paris-Lausanne via le Jura. Aujourd’hui, trois rames par jour ne suffisent plus. Nous demandons l’instauration d’une quatrième, d’autant plus que des travaux côté Genève saturent encore davantage la ligne nord.

Les relations transfrontalières sont un enjeu majeur pour le territoire…

Absolument, je travaille étroitement avec les autorités suisses sur les questions de mobilité, notamment la liaison routière Poligny-Lausanne via Vallorbe. On ne peut pas ignorer la réalité des 52 000 frontaliers. Développer les infrastructures, ce n’est pas s’appauvrir, c’est accompagner le dynamisme économique, tout en tenant compte des enjeux environnementaux.

Votre fonction de vice-présidente vous donne-t-elle plus de poids sur ces dossiers ?

Oui ! Elle me permet d’aller frapper à certaines portes et de peser davantage dans les arbitrages, notamment sur les grands projets structurants comme le Contrat de plan État-Région. Le Jura n’a pas été suffisamment servi par le passé. Mon rôle est de préparer les dossiers qui dessineront son avenir à long terme.

Vous avez aussi un regard très engagé sur la situation internationale et européenne…

La politique américaine actuelle est déstabilisante, mais l’Europe a une force considérable. Son PIB est équivalent à celui de la Chine, et elle dispose d’industries de pointe. Ce qui nous manque encore, c’est une capacité à décider à la majorité et à parler d’une seule voix. Face aux rapports de force, l’Europe doit faire preuve de fermeté et de confiance en elle-même.