Rubrique. Grands Mots Grands Remèdes : Ballonné

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Docteur Gérard Bouvier
Docteur Gérard Bouvier

Nous nous croisâmes tantôt sur la place du marché sans que vous fîtes attention à notre rencontre impromptue.
Vous aviez petite mine (1) et -autant vous l’avouer- vous me parûtes -de profil et au soleil rasant- ballonné plus que de raison sous vos nouvelles bretelles finement décorées de flocons de neige (2). Sans doute un cadeau de saison.
Je n’en fus aucunement surpris ! Le début d’année se prête aux flatulences, aux borborygmes, à bien des enflures et flatuosités (3). Au point que le pet devient parfois la seule issue raisonnable à notre météorisme et aux luttes intestines qui se livrent, in petto, dans nos entrailles bombées de bombances.
C’est le prix à payer pour tant de réveillons et de ripailles que nous impose un calendrier sans pitié.
Soucieux de votre bien-être, déjà chahuté par notre absence de budget, j’ai cherché pour vous, loin de Big Pharma, dans grimoires et almanachs un remède de grand-mère à l’efficacité démontrée.
Une valeur sûre pour les ventres bouffis c’est cette tisane qui associe fenouil, anis et cumin des prés.
Le gingembre, en tranches fines détrempées dans une eau frémissante, est un plan B qui a ses adeptes. Mais il y a une contrainte : il faut avoir la patience de laisser refroidir l’eau.
Une légende urbaine tenace prétend que ce rhizome du genre Zingiber aurait des propriétés aphrodisiaques (4).
Méfiance ! Aucun essai randomisé en double aveugle n’a montré une augmentation significative du score de qualité de la vie sexuelle versus placebo. Ce n’est donc pas un aphrodisiaque incontournable quoi qu’en dise une certaine presse toujours prête à bien des forfanteries pour améliorer le tirage. Et il serait vaniteux (et peut-être même prétentieux et arrogant) de le recommander autour de soi aux nécessiteux de la chose (5).
Bonne année.(6)

Notes pouvant être utiles pour compléter ce texte

La Percée Du Vin Jaune

(1)- La mine nous vient probablement d’un mot breton qui signifiait « bec, museau » au XIVème siècle. Initialement faire mines, c’était faire des grimaces. Mais cette posture n’amuse qu’un temps et la mine devint bientôt l’apparence. On lui doit minauder, minois. En 1694, à l’Académie le minois décrit le visage d’une jeune-fille « plus jolie que belle ». Grâce aux progrès constant de la cosmétologie les jeunes-filles d’aujourd’hui échappent à ce clivage désuet et quelque peu trompeur.

(2)- On me soutient que les bretelles sont passées de mode. C’est un peu injuste. Elles ont tant rendu service. Au sens de soutenir un pantalon le mot est apparu en 1718. C’est vers 1985 qu’on a commencé à se faire remonter les bretelles. C’est une façon de mobiliser l’arrière-train de ceux qui l’ont mérité en remplacement du coup de pied au cul, vécu comme trop brutal dans une société en pleine évolution vers plus de tendresse. La transition est justifiée aussi par le fait qu’on avait constaté qu’il y avait beaucoup de coup de pied au cul qui se perdent.

(3)- Pourquoi les fayots provoquent des gaz plus que la limonade ? Je sais que la question hante vos nuits depuis des siècles.
Les spécialistes qui se sont penchés sur les gaz nous disent que ces gaz proviennent de la digestion incomplète de certains glucides. Quand l’intestin grêle est débordé et qu’il agite le drapeau blanc c’est le colon qui prend la suite pour digérer les résidus. Sa bonne volonté est légendaire mais les milliards de bactéries qui l’habitent ne savent faire mieux qu’une fermentation qui génère des gaz.
S’ajoute l’aérophagie chez deux qui avalent de l’air alors que c’est parfaitement inutile vu que c’est plutôt le rôle des poumons. Mais comme dit la Marie-Madeleine – « il n’y a rien à leur dire, ils n’écoutent rien ! ».
Mon conseil pour éviter les flatulences : manger peu et moins souvent.

(4)- Aphrodite était la déesse de la Fécondité et de l’Amour dès les Phéniciens et les Babyloniens. C’est dire si c’est une préoccupation ancienne. Les Grecs lui attribuent en bonus la Beauté et en font l’une des douze divinités olympiennes. On dirait aujourd’hui une des douze épreuves olympiques. Mais ce serait un contre-sens.

(5)- Si l’on vous en fait la demande -et seulement si l’on vous en fait la demande- conseillez plutôt le safran et le ginseng. Le ginseng combat aussi la fatigue physique et la lassitude psychologique impliquée dans l’usure des sentiments C’est un bon complément à ses vertus aphrodisiaques.

(6)- Bonne année et bonne santé ! Et pourquoi ne pas adopter le principe de Geluck : –« Meilleurs vœux pour toute la vie, comme ça, c’est fait une fois pour toutes ». La formule n’a que des avantages. Elle fait preuve de générosité… tout en faisant l’économie d’y revenir tous les ans. Mais bien sûr, comme toujours dans notre société biberonnée à la polémique, il y a des avis contraires : Françoise Dorin écrivaine et dramaturge, nous dit –«  J’ai pensé qu’on devrait se souhaiter une bonne semaine tous les lundis plutôt qu’une bonne année une seule fois tous les 365 jours. ». Faites comme vous le sentez. Nous avons déjà été sollicités pour les calendriers. Il est donc trop tard pour dire comme Alphonse Allais –« Je ne prendrai pas de calendrier cette année, j’ai été très mécontent de celui de l’année dernière ! ».