Dr Bornot : « La campagne a un effet bénéfique »

Médecin généraliste passionnée, Carine Bornot fait un bilan de la santé de ses patients à la sortie de l’hiver et donne quelques conseils pour se sentir bien en cette nouvelle saison. Elle revient aussi sur quelques sujets santé qui lui tiennent à cœur.

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Pour le Dr Bornot, les démarches administratives et le vieillissement de la population compliquent le travail des médecins généralistes.

A la sortie de l’hiver, comment trouvez-vous vos patients ?

C’est souvent compliqué car nous avons manqué de lumière et les patients sont globalement fatigués et stressés. La particularité de cette année, comme nous avons enlevé le masque, est que les pathologies de l’hiver sont revenues en concentré. Elles ne se sont pas étalées dans le temps comme cela se passe d’habitude.

Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs pour être en forme ?

Les vitamines existent, mais globalement les gens mangent bien. Souvent, les gens manquent de temps de sommeil, en grande partie à cause des écrans. Je conseille de dormir plus, peu d’écrans le soir, de pratiquer régulièrement de l’exercice physique qui entraine une « bonne » fatigue en fin de journée et aide à l’endormissement.

Les effets de la grippe n’étaient-ils pas plus forts cette saison ?

Nous avons eu la vraie grippe, mais je n’ai pas eu l’impression qu’elle était différente des épidémies avant Covid. Cette année, nos patients fragiles en Ehpad sont décédés de la grippe et plus du Covid.

Justement, où en est-on en matière de Covid ? Les malades ne sont plus arrêtés systématiquement…

C’est devenu un virus banal. La Covid ne touche plus les voies pulmonaires depuis un an donc il n’y a plus de décès liés à une détresse respiratoire aigüe. Maintenant, nous ne demandons plus systématiquement à nos patients de se faire dépister.

Le printemps est synonyme d’allergies. Des conseils ?

En général, les personnes allergiques ont un traitement de fond. Cela ne sert à rien d’attendre pour le prendre. Il est de plus en plus répété de bien se laver les cheveux car les pollens se mettent dedans, d’aspirer après avoir aéré sa maison.
La désensibilisation a une action partielle sur les pollens car ils sont nombreux et il est difficile de faire une désensibilisation pour tous les pollens, mais elle permet une nette amélioration des symptômes.

Quelles sont les autres pathologies à cette saison ?

Nous faisons face à des virus jusqu’en mai, beaucoup de rhinopharyngites, angines… Avec le retour des activités extérieures, il y a plus de blessures. A la maison médicale (NDLR de Bletterans et Montmorot où elle exerce) où nous faisons les sutures, nous voyons cette activité augmenter à partir d’avril.

Comment percevez-vous la santé de vos patients, qui habitent essentiellement le territoire de Bresse Haute Seille ?

Ils mangent sainement. Beaucoup cultivent, vont très peu dans les fast-food et mangent peu de plats cuisinés. Globalement, ils sont actifs parce qu’ils marchent, vont au bois, bricolent, font le jardin. Y compris les enfants. Il y a vraiment l’effet bénéfique campagne. Après, le pouvoir d’achat risque de leur donner un coup, mais peut-être pas comme ils savent faire beaucoup de choses seuls, produire leurs légumes, réparer sans passer par des artisans…

Quel est le point santé qui vous inquiète le plus ?

Nos secrétaires reçoivent chaque jour une dizaine d’appels de personnes qui cherchent un médecin traitant. Je pense que cette situation stresse énormément celles qui sont dans ce cas. Trop de personnes n’ont pas de médecins, pas de dentistes… C’est compliqué aussi pour ceux qui s’installent sur le territoire.
Il faut recruter des jeunes médecins. Ce qui peut attirer les internes, c’est le logement. Car une fois qu’ils sont là, ils découvrent le Jura, beaucoup restent. Pour les attirer, il faudrait leur proposer un logement étudiant ou un internat. Les internes s’installent pour six mois et c’est compliqué pour eux de faire toutes les démarches pour se loger si peu de temps.

Vous êtes médecin généraliste depuis une vingtaine d’années. Comment avez-vous vu évoluer votre métier ?

Comme toutes les professions, nous avons beaucoup de démarches administratives et c’est chronophage. A part la CPAM qui a su simplifier ses outils. L’autre élément qui complique notre travail, c’est le vieillissement de la population. Les consultations sont plus longues à cause de la pluripathologie. Avant, je faisais plus de consultations en faisant moins d’heures.
Et puis bien sûr, il y a le fait de devoir soigner à la place du dentiste, du spécialiste… Nous gérons les semi-urgences à leur place. Comme je ne veux pas que mes patients passent par les urgences, je fais ce travail long de décrocher le rendez-vous chez le spécialiste.
Mais j’aime toujours mon métier ! Et je pense que, lorsque nous accueillons des internes, nous leur donnons vraiment envie de l’exercer aussi.