Arbois. Le pari des “composteurs fontaines” en cœur de ville

Face aux contraintes du centre-bourg et pour surmonter les problèmes de nuisibles, le SICTOM Jura Est expérimente une solution aussi esthétique qu'inédite à Arbois. Deux composteurs fontaines à roue à aube viennent d'y être installés.

0
48
Ce composteur fontaine peut recevoir jusqu'à 30 kg par jour.

Alors que la réglementation impose désormais le tri à la source des matières organiques, les services publics doivent adapter leurs équipements aux réalités de chaque quartier. Si le composteur individuel s’impose dans les jardins et que le compostage en pied d’immeuble convient à l’habitat collectif, l’équation s’avère bien plus complexe dans les cœurs de ville comme Arbois, Poligny, Salins-les-Bains ou Champagnole. Les bacs doivent pouvoir accueillir les apports de nombreux ménages tout en garantissant une propreté irréprochable.

À Arbois, les anciennes placettes de compostage partagé avaient dû être démontées en raison d’une présence importante de rats. Mais plutôt que d’abandonner le tri des matières organiques en milieu urbain, le SICTOM Jura Est a fait le choix de l’innovation. Comme le rappelle sa présidente Michèle Girod, cette expérimentation (mûrie sous le mandat précédent avec l’implication de Guy Saillard) vise à tester en conditions réelles une réponse sur mesure.

Une mécanique hydraulique et solaire fabriquée en France

Fabriqués par la société Compost Motion de Montpellier, ces deux équipements 100 % français s’intègrent parfaitement par leur habillage paysager et leur allure de fontaine. Deux sont installés à Arbois, l’un sur le Champ de Mars, l’autre dans la cour de l’ancienne caserne des pompiers.

Leur secret repose sur un fonctionnement original : de l’eau circulant en circuit fermé entraîne une grande roue à aube qui brasse régulièrement les matières pour accélérer leur décomposition, le tout étant complété par un panneau solaire. Une vitre transparente disposée derrière les grilles permet même aux curieux et aux enfants d’observer la transformation progressive de la matière.

Sur le plan technique, le premier absorbe environ 12 kg de biodéchets quotidiens, soit l’équivalent de 150 repas, tandis que le second, plus grand, peut recevoir jusqu’à 30 kg par jour, soit environ 375 repas. Pour veiller au bon déroulement des opérations et accompagner les usagers au quotidien, Donatien, guide composteur, assurera une présence sur le terrain. D. Bonnet a salué cette démarche avec enthousiasme,  tout en pointant le travail spécifique qu’il restera à mener avec le syndicat pour gérer la question des résidents temporaires et des vacanciers.

Un circuit contrôlé

L’objectif central demeure d’alléger le poids des ordures ménagères traditionnelles. Pour mesurer précisément l’efficacité du système, chaque étape du processus fait l’objet d’un suivi rigoureux. Les biodéchets déposés par les riverains effectuent une première phase de décomposition dans la fontaine. Le compost à mi-maturation est ensuite récupéré dans des caissettes, systématiquement pesées à vide puis à plein. Cette comptabilité précise permet d’évaluer exactement les volumes détournés de la poubelle ordinaire.

La matière est ensuite acheminée vers la déchetterie d’Arbois pour y achever sa maturation. Une fois prêt, ce terreau naturel est mis gratuitement à la disposition de la commune et des habitants pour leurs plantations.

Composteur-fontaine installé sur placette, habillage bois naturel

Composteur-fontaine paysager avec panneau solaire en ville

Composteur-fontaine urbain en bois, modèle grand format

« Mais pour que cela fonctionne, il ne suffit pas d’installer des équipements, il faut aussi que les usagers se les approprient, qu’ils fonctionnent dans la durée et qu’ils soient acceptés par les riverains », explique Michèle Girod.

Rendez-vous en janvier pour le bilan financier et comparatif

Au-delà de la prouesse technique, l’enjeu financier sera déterminant dans le cadre de la redevance incitative. Le syndicat va passer au crible le temps de travail nécessaire, les coûts d’entretien et les dépenses de fonctionnement afin de calculer le prix de chaque tonne de biodéchets ainsi valorisée, en le comparant au coût d’un traitement classique.

Cette expérimentation arboisienne s’inscrit d’ailleurs dans une démarche plus vaste. À Salins-les-Bains, le SICTOM va très bientôt tester en parallèle des bacs en composite conçus par l’entreprise jurassienne EGC Composite pour faire barrage aux rongeurs. L’ambition n’est pas d’imposer un modèle unique, mais bien de trouver « la bonne solution au bon endroit à un coût acceptable », précise Michèle Girod. Un grand bilan sera tiré en janvier pour décider si ces fontaines d’un nouveau genre ont vocation à essaimer dans d’autres bourgs-centres du territoire.