Dossier de la semaine. De Jules Grévy aux destins oubliés, ces cimetières jurassiens qui racontent l’Histoire

À Mont-sous-Vaudrey et au cimetière Landon de Dole, certaines sépultures témoignent de destins hors du commun. D'un ancien président de la République au cuisinier du roi de Prusse, immersion dans un patrimoine funéraire aussi remarquable que méconnu.

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L'imposante sépulture de Jules Grévy témoigne du lien historique qui unit Mont-sous-Vaudrey à l'ancien président de la République.

À Mont-sous-Vaudrey, un ancien président de la République repose à quelques mètres d’un peintre dont le nom s’efface peu à peu de la pierre. À Dole, un cuisinier du roi de Prusse côtoie un homme ayant fait carrière en Égypte. À l’approche de la Toussaint, ces cimetières jurassiens dévoilent une autre facette de leur histoire, entre grandes figures nationales, destins singuliers et mémoire locale.

Au cimetière de Mont-sous-Vaudrey, difficile de manquer l’imposant caveau de Jules Grévy. Né dans la commune en 1807, celui qui présida la République de 1879 à 1887 repose dans son village natal, loin des fastes parisiens. Son monument témoigne encore aujourd’hui de la place singulière qu’occupe l’ancien chef de l’État dans l’histoire locale. L’urne funéraire, les drapés et la forme arrondie du monument renvoient à cette symbolique, tandis qu’à l’intérieur, un Christ et des ouvertures en forme de croix rappellent la tradition chrétienne.

Caveau imposant de Jules Grévy au cimetière
Jules Grévy a notamment résidé au château éponyme de la commune et a souhaité être enterré au cimetière de Mont-sous-Vaudrey.

Autre particularité : ce caveau fut financé par la famille Grévy, et non par la République. L’ancien président avait notamment prévu des emplacements pour ses trois petites-filles, mais aussi pour leurs gouvernantes.

Aujourd’hui, cet héritage constitue aussi un défi pour la commune. Restauré il y a plus de vingt ans, le caveau présente de nouveaux signes de vieillissement. « C’est quelque chose qui va être un gros dossier pour Mont-sous-Vaudrey », soulignent Anne Launoy, membre de l’équipe municipale et Germaine Oudot, passionnée d’histoire locale. Une question de préservation d’autant plus importante que le village célébrera, en 2027, le bicentenaire de la naissance de Jules Grévy.

Un peintre, une muse et des souvenirs à préserver

À quelques pas, une sépulture plus discrète renferme une autre histoire. Celle d’Auguste Pointelin, peintre paysagiste originaire d’Arbois. Veuf et ayant perdu son unique enfant, l’artiste entretenait des liens étroits avec Julie Bavillé, qu’il considérait comme sa muse. Une relation qui contribua à son installation à Mont-sous-Vaudrey, où il passa les quarante dernières années de sa vie.

Non loin, la sépulture de la poétesse Irma Brun se distingue par les vers gravés sur sa stèle. Autant de témoignages que Germaine Oudot s’efforce de transmettre, notamment grâce à une salle du patrimoine aménagée à la mairie, alimentée au fil des années par les dons de documents et d’objets.

À Dole, des vies qui ont dépassé les frontières

Au cimetière Landon, certains monuments racontent des parcours tout aussi étonnants. Celui d’Émile Bernard (1826-1897) en est l’illustration. Né à Dole, ce cuisinier connut une carrière prestigieuse jusqu’à servir le roi de Prusse. Sa sépulture, entièrement réalisée en marbre de Carrare, représente un ange déposant une couronne au pied d’une croix. À proximité, un banc portant les initiales de sa veuve rappelle l’attachement de son épouse.

Quelques allées plus loin, la chapelle de Jules-Maurice Gaudard-Pacha (1828-1888) transporte les visiteurs en Égypte. Originaire d’Azans, cet homme occupa d’importantes fonctions dans ce pays. Sphinx, disque solaire ailé et figures égyptiennes ornent son tombeau, véritable curiosité architecturale.

Chapelle funéraire ornée de symboles égyptiens au cimetière
Le cimetière de Landon abrite de nombreux caveaux remarquables comme celui de la famille Oudet.

Le cimetière abrite également le monument de Marius Pieyre, inauguré en 1937, et la chapelle Art déco de la famille Oudet, aux influences égyptiennes.

Des pierres parfois usées, des inscriptions qui disparaissent, mais des histoires qui demeurent. À condition, toutefois, que quelqu’un continue de les raconter.