
Longtemps cantonné aux filières professionnelles, l’apprentissage s’est imposé au cœur de l’enseignement supérieur. Depuis la réforme de 2018, les contrats ont bondi. Universités, grandes écoles et établissements privés multiplient les cursus en alternance. La dynamique est spectaculaire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Pour les étudiants, l’argument est clair. Les frais de scolarité sont pris en charge. Un salaire tombe chaque mois. L’expérience en entreprise facilite l’insertion. Dans un contexte d’inflation et de précarité, le dispositif rassure. Il offre une stabilité. Il ouvre des portes.
Les entreprises, elles, y voient un levier stratégique. Elles forment des jeunes à leurs méthodes. Elles sécurisent leurs recrutements. Elles investissent sur le long terme. L’apprentissage devient un outil de gestion des talents.
Les universités ont suivi. Par pragmatisme. Par nécessité aussi. Certaines licences et masters comptent désormais une majorité d’alternants. La professionnalisation progresse. Les taux d’insertion à six mois s’améliorent. L’indicateur est scruté. Il pèse dans les classements. Il guide les choix.
Une professionnalisation massive, mais inégale
Tous les secteurs ne s’y prêtent pas. Les disciplines très théoriques restent en marge. Les formations tournées vers la recherche peinent à trouver leur place. Le modèle favorise les filières directement connectées au marché du travail.
Il y a d’un côté, des cursus jugés « rentables », de l’autre, des disciplines moins attractives pour les entreprises (lettres, sciences fondamentales, arts). Leur financement repose moins sur l’alternance.
La logique d’employabilité s’impose. Elle structure l’offre de formation. Elle influence les choix d’orientation. Les étudiants arbitrent. Ils comparent les débouchés. Ils évaluent le retour sur investissement. La vocation passe parfois au second plan.
Les établissements s’adaptent. Ils créent des services dédiés. Ils renforcent les liens avec les entreprises. Ils ajustent les maquettes pédagogiques. L’apprentissage devient un argument d’attractivité. Un outil de concurrence entre écoles et universités.
Un équilibre fragile entre académie et entreprise
L’alternance impose un rythme soutenu. La charge de travail est lourde. Certains étudiants s’épuisent. Le coût du système interroge aussi. Les aides publiques ont soutenu l’essor des contrats. Elles ont encouragé les entreprises à recruter. Mais leur montant pèse sur les finances publiques. Leur pérennité n’est pas garantie. Un ralentissement pourrait fragiliser l’équilibre actuel.
L’apprentissage reste pourtant un puissant levier d’ascension sociale. Pour des milliers de jeunes, il ouvre l’accès à des études longues. Il sécurise les parcours. Il réduit les inégalités financières. Mais il transforme en profondeur l’université française. Entre promesse d’inclusion et logique de marché, le modèle cherche encore son point d’équilibre.

























