
Longtemps cantonnée aux villages et aux petites communes, la candidature sans étiquette politique gagne désormais du terrain dans des villes de taille moyenne. Une évolution révélatrice d’un malaise démocratique plus profond, selon Yves Sintomer, d’origine doloise et professeur de sciences politiques à l’université Paris VIII.
« Je crois que cette tendance croissante à se présenter sans étiquette correspond au discrédit extrêmement fort des partis politiques aujourd’hui en France », analyse-t-il. Un discrédit massif, « c’est environ 15 % de la population seulement qui fait confiance aux partis politiques ».
Le poids devenu encombrant des partis
Autrefois, l’étiquette partisane faisait office de label pour l’électeur. Ce n’est plus le cas. « Avant, lorsqu’il y avait des fortes identifications aux partis, le fait d’avoir une étiquette du parti était un avantage », rappelle le politologue. Aujourd’hui, « on va avoir le stigmate de cette appartenance partisane ».
Dans ce contexte, afficher sa proximité avec un parti national affaibli peut devenir contre-productif. « Les partis sont tout de même très affaiblis, et à l’échelle des municipalités, leur contribution n’est plus évidente », observe Yves Sintomer. Un constat particulièrement vrai pour des partis historiquement dominants à droite ou à gauche, mais fragilisés au niveau national.
Le phénomène s’inscrit aussi dans une transformation plus large du fonctionnement politique, interne aux groupes. « La façon dont fonctionnaient les partis auparavant, de façon assez hiérarchique, assez autoritaire ou interne, ne marche plus », explique-t-il, évoquant l’émergence de nouvelles formes d’engagement et l’influence des réseaux sociaux.
La proximité comme valeur refuge
Avec le paysage national instable, les maires conservent une place à part. « On est dans une situation où les maires sont la figure d’élus qui conserve le plus de légitimité auprès des citoyens », souligne Yves Sintomer. Une légitimité fondée sur la proximité et la gestion du quotidien, loin des turbulences nationales et de son instabilité des derniers mois.
Ce positionnement séduit particulièrement les jeunes électeurs, souvent éloignés des urnes. « On constate que cette tendance à refuser les partis politiques est particulièrement marquée chez les jeunes », note le politologue. Se présenter sans étiquette devient alors « une manière de prendre des distances par rapport à une étiquette qui est un obstacle ».
Reste que cette dynamique a ses limites. Si elle devrait encore se renforcer au niveau municipal, Yves Sintomer se montre plus réservé pour les autres scrutins. « Au niveau national, par contre, je pense que cela ne sera pas le cas », rappelle-t-il, soulignant le rôle logistique et structurant des partis lors des grandes campagnes.


























