Sophie se souvient très bien du moment où le Japon est entré dans sa vie. « J’avais treize ans quand j’ai découvert la musique japonaise. Ça a été un véritable coup de foudre, pour la musicalité comme pour la langue », raconte-t-elle. Une découverte presque fortuite, au détour d’un magazine consacré au manga et à la culture japonaise, à une époque où cette musique était « complètement inconnue chez nous ».
Native de Franche-Comté, elle avance seule, portée par une curiosité tenace. « Je me sentais un peu comme une aventurière. Je récoltais ce que je pouvais : quelques sites, quelques livres… Personne dans ma famille ne parlait japonais. » Loin de la décourager, cette solitude nourrit son envie d’apprendre. « J’avais l’impression de découvrir un pays inconnu. »
Salins, point d’ancrage
Installée à Salins-les-Bains depuis cinq ans, Sophie y a trouvé un cadre de vie qui lui ressemble. « On cherchait à se rapprocher de ma famille à Besançon et on a eu un vrai coup de cœur pour la maison. Et puis Salins, c’est une petite ville où tout est à portée de main. On adore les commerces de proximité. »
Une école en ligne qui grandit vite
Elle lance son site internet en 2019, puis son école de japonais en ligne en janvier 2020. « Au départ, j’espérais quelques dizaines d’élèves », se souvient-elle. Ils sont quarante dès les premières semaines. Puis survient le confinement et la demande explose. La première année se termine avec près de 200 élèves, venus de France, de Belgique et de Suisse. Aujourd’hui, le nombre d’élèves dépassent les 4 000. Sophie travaille avec son mari et une équipe de six salariés, dont quatre en Franche-Comté et une personne basée au Japon.
Une langue plus accessible qu’on ne le croit
Sophie s’attache à déconstruire certaines idées reçues. « On dit souvent que le japonais est difficile. Moi, je pense qu’une langue est surtout plus ou moins éloignée de notre langue maternelle. » Elle souligne la simplicité de l’oral. « Pas de conjugaisons, pas de masculin ou féminin, pas de pluriel. On gagne beaucoup de temps. »
Quant à l’écriture, souvent redoutée, elle devient au contraire une source de satisfaction. « Au début, on a l’impression de décrypter des hiéroglyphes. Puis, quand on apprend le premier alphabet, on se dit : ça y est, je peux lire. C’est vraiment gratifiant. »
Un livre pour apprendre pas à pas
De cette méthode est né Objectif Japon !, publié chez Eyrolles. « C’est l’adaptation papier de mes cours débutants. On part de zéro et on accompagne l’élève jusqu’à pouvoir tenir une conversation. » L’ouvrage propose 120 exercices corrigés, 52 audios accessibles par QR code et des points culturels. « Le livre se suffit à lui-même », assure-t-elle. Certains élèves l’emportent même avec eux au Japon, pour réviser « dans l’avion ». Paru en août 2025, le manuel connaît un démarrage rapide, confirmant l’intérêt pour l’apprentissage du japonais.

Et demain, le Japon
Les élèves ont entre 9 et 80 ans. Et les projets continuent de mûrir. « On aimerait créer une école physique, potentiellement au Japon, pour accueillir nos élèves sur place. » En attendant, depuis Salins-les-Bains, Sophie Thomas poursuit la transmission d’une langue qui l’accompagne depuis l’adolescence. « Le japonais, ce n’est pas seulement apprendre des caractères. C’est une autre façon de penser et d’échanger. »





















