Pouvez-vous nous raconter l’intrigue du « Silence du Mont Rivel » ?
Nous sommes en 1964, lors d’un été étouffant où la poussière colle aux vêtements, aux corps et aux souvenirs. Le roman prend racine dans un fait réel : l’éboulement du Mont Rivel, le 27 juillet 1964, un drame qui a profondément marqué Champagnole et dont la mémoire reste vive.
Les personnages principaux sont Louis et Gabriel Lambert, des jumeaux de seize ans, physiquement identiques mais profondément opposés. Gabriel est lumineux, extraverti, aimé, doué pour le dessin, rêvant de quitter Champagnole pour Paris. Louis est plus secret, plus intérieur, nourri par les légendes jurassiennes transmises par leur grand-mère, notamment celle de la Vouivre, créature mythique mi-femme mi-serpent, à la fois protectrice et justicière.
Leur père est mineur au Mont Rivel, homme taiseux, usé par le travail. Leur mère aime maladroitement et privilégie Gabriel, laissant Louis grandir dans l’ombre.
Le jour du drame, les deux frères empruntent un sentier interdit pour apporter le repas à leur père. La chaleur est lourde. Gabriel dessine la Vouivre sur un rocher.
Puis la montagne cède…
Nous n’en dévoilerons pas davantage. Nous pouvons juste dire que ce n’est pas un roman historique ?
En effet, « Le Silence du Mont Rivel » n’est pas un roman sur une catastrophe minière.
C’est une tragédie intime, un livre sur la culpabilité, l’identité, les secrets de famille et le poids des non-dits. Le Jura n’y est jamais un décor : il est une voix, une mémoire, une conscience. La montagne et la rivière n’oublient rien.
Ce roman n’est pas une première. Quel a été votre parcours ?
Ce roman s’inscrit dans un chemin d’écriture plus large, que je poursuis depuis plusieurs années, toujours autour de l’humain, du lien et de ce qui se tait.
« Le Brancardier » est né de mon métier au CHU de Grenoble. J’y raconte le quotidien invisible d’un brancardier : les couloirs, les silences, les gestes simples, et surtout l’attachement qui se crée entre soignants et patients. C’est un livre sur la dignité, la fragilité et l’humanité cachée derrière les portes de l’hôpital.
« Angel in Me » est un roman plus sombre et introspectif. Il explore la perte, la culpabilité et les fractures intérieures, ainsi que la manière dont un être humain tente de se reconstruire après avoir tout perdu.
« Commençons » est un texte plus choral et réflexif. Il interroge le temps, l’Histoire et les voix que l’on n’écoute jamais. Chaque chapitre donne la parole à un regard différent, comme une tentative de comprendre ce qui nous relie malgré les générations et les silences.
« Life & Love » rassemble plusieurs récits autour de l’amour, de la transmission et des liens familiaux. C’est un livre plus lumineux, mais traversé par la même question : qu’est-ce qui nous tient debout quand tout vacille ?
Ces livres sont disponibles sur Amazon.
Pourquoi écrivez-vous ?
Si j’écris aujourd’hui, c’est parce que j’ai toujours aimé les mots. Très jeune, je me suis nourri de nouvelles, notamment celles de Guy de Maupassant. J’aimais cette façon de dire beaucoup avec peu, de raconter l’humain sans détour, de saisir un destin en quelques pages. Cette écriture directe et incarnée m’a profondément marqué.
Mon premier parcours a pourtant été ailleurs. J’ai d’abord suivi une école d’infographie, attiré par l’image et le regard. Puis j’ai ressenti le besoin de me projeter là où l’on retrouve le plus d’humanité. C’est ainsi que j’ai quitté le monde de l’image pour entrer à l’hôpital.
Je suis aujourd’hui brancardier au CHU de Grenoble. J’écris pendant les longues astreintes du bloc opératoire. Mon métier me confronte chaque jour à la fragilité de la vie, à la pudeur des gestes et à la dignité silencieuse des gens. Cela a profondément façonné mon regard et mon écriture.
Les Jurassiens n’y sont pas pour rien non plus…
J’ai écrit « Le Silence du Mont Rivel » grâce à mon grand-père, Monsieur Guy René, qui m’a raconté l’histoire de cette catastrophe, c’est depuis tout petit que j’ai été inspiré. Et puis j’ai le goût de l’écriture aussi grâce à Françoise Poulet : la Champagnolaise m’a donné le goût des histoires.
Quelques précisions sur cet ouvrage ?
Pour l’instant, « Le Silence du Mont Rivel » existe en auto-édition, le temps qu’il trouve sa place et ses lecteurs.
Fin décembre, le maire de Champagnole m’a appelé personnellement pour me remercier de ce livre. Cet échange m’a profondément touché et m’a confirmé que ce roman avait trouvé sa place ici, dans cette ville et cette vallée dont il est issu.
Pour l’instant, il est le seul de mes livres disponible en librairie. Il l’est dans les deux librairies de Champagnole. Il reste également disponible sur Amazon.
J’écris pour transmettre, pour partager, et pour faire entendre ces voix discrètes qui ont façonné notre territoire. En écrivant, je retourne toujours au pied du Mont Rivel. Là où je suis né. Pour que mon Jura parle enfin !


























