Lons-le-Saunier. À la retraite, Bernadette Maréchal choisit d’écrire la mémoire des autres

À Lons-le-Saunier, Bernadette Maréchal, retraitée depuis cinq ans, s’est formée à la biographie pour recueillir les récits de vie, avec une conviction forte : transmettre et recréer du lien.

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Biographe Bernadette Maréchal
Enregistrements, écoute attentive, réécriture fidèle : Bernadette Maréchal travaille une biographie à la fois, pour rester au plus près de chaque voix.

À la retraite depuis cinq ans, Bernadette Maréchal n’a pas levé le pied. Elle a simplement changé de cap. « Je me suis formée ma dernière année avant la retraite », explique-t-elle. Direction l’université Lyon 2, pour devenir biographe. Un choix qui sonne comme une évidence plus qu’une reconversion.

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Depuis l’enfance, elle écoute. À la campagne, ses parents agriculteurs lui confient souvent le bulletin paroissial à distribuer. Mais au lieu de le glisser dans les boîtes aux lettres, la jeune Bernadette pousse les portes. Elle s’assoit, questionne, observe. « J’étais déjà curieuse de connaître le passé. » Les cafés s’enchaînent, les souvenirs aussi. Et, déjà, l’envie d’écrire.

Sa vie professionnelle prolongera ce fil. À Lons-le-Saunier, elle est chargée de mission autour du “bien vieillir” et du “vivre ensemble”. Elle monte des projets, crée des réseaux, encadre des bénévoles. Toujours avec la même boussole : le lien. « Moi, j’ai besoin d’aller vers les autres. » La retraite ne rompt pas cette dynamique. Elle la recentre.

Du lien à la biographie, une continuité

Aujourd’hui, Bernadette Maréchal recueille des récits de vie. Douze biographies ont déjà vu le jour. Majoritairement celles de grands-parents, souvent à la demande des enfants. « Les gens me disent : j’ai eu une vie ordinaire. » Elle sourit. « Pour moi, toute vie est extraordinaire. Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment les personnes traversent les épreuves et se relèvent. »

Le travail est minutieux. Une première rencontre gratuite pour faire connaissance, puis au minimum six entretiens. Environ quinze heures de travail par récit. Elle enregistre, prend des notes, questionne, relance. « Plus on raconte, plus on se souvient. » Entre deux séances, des souvenirs refont surface, des précisions s’ajoutent. Le texte se construit peu à peu, le plus souvent de manière chronologique.

Parfois, les histoires sont bouleversantes. Comme celle de cette femme de 95 ans qui demande son dossier de la DAS pour comprendre ses origines. « Elle avait besoin de savoir avant de mourir. » Bernadette accompagne, cherche, assemble, toujours avec prudence.

Des récits fidèles, sans romancer

La fidélité est un principe cardinal. « Je ne fais pas un roman. » Elle réécrit, mais respecte l’oralité, le ton, les mots. « Le plus beau cadeau, c’est quand on me dit : on croirait l’entendre parler. »

Dans cette retraite active, Bernadette Maréchal trouve du sens. « Si on existe dans le regard de l’autre, c’est là où on est debout. »

Écrire une vie, pour elle, c’est transmettre, créer du lien et rappeler que chaque mémoire constitue un patrimoine vivant.