Les devoirs de vacances pour la forêt

La forêt c’est aussi l’été, comme les autres saisons. Cependant personne n’imagine vraiment l’activité de la forêt à cette période. Olivier Segouin, du groupe D&P, nous en parle.

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Olivier Segouin, vous ne prenez pas de vacances, vous les forestiers ?
Pour nous en effet, l’été c’est travailler autrement. On surveille les forêts, on prépare l’automne et toutes les exploitations forestières, on surveille la santé des forêts. Nous construisons aussi nos routes, nos chemins pour améliorer notre gestion, Nous récoltons également notre résine.

Vos cahiers de vacances sont épais, mais qu’est ce qui rime le plus avec l’été ?
La récolte de résine. Nous faisons notre année sur 4 mois. Le gemmage, ou la récolte de la résine, ne peut se faire qu’à cette période. Il est indispensable de pouvoir faire ce travail de récolte pendant les fortes chaleurs, c’est le gage d’une bonne récolte.

Vous parliez de santé de forêt, et les incendies…N’est-ce pas un problème pour vous ?
Oui la forêt est mise à rude épreuve en été. Outre les attaques parasitaires, les feux de forêts sont un vrai problème. En dehors du capital qui part en fumée et des risques que les hommes prennent pour les contenir, les arrêtés préfectoraux interdisant l’accès à la forêt nous ruine notre capacité de travail, notre récolte annuelle, nous met le personnel en chômage technique…Enfin c’est catastrophique à tous les niveaux.

Vous ne comprenez pas pourquoi l’accès est interdit ? N’est-ce pas normal vu les dégâts…
Que l’accès aux forêts soit strictement encadré, aucun problème. Cependant entre une activité de loisir et une activité industrielle et professionnelle, il ne faudrait pas faire d’amalgame.
Tout d’abord les forestiers en circulant en forêt préviennent les départs de feux, luttent contre les décharges sauvages, font la police sur leur forêt. Gérer un touriste et un gemmeur de la même manière est un scandale, on détruit notre outil de travail et de plus on nous interdit de le protéger. Quand le feu est parti, c’est fini, il est bien rare de pouvoir le contenir rapidement.

Pourquoi le fait de récolter la résine permet de protéger les forêts fragiles ?
D’abord, si les forêts sont fragiles, c’est la faute de l’homme qui ne les respecte pas. De plus, le travail en forêt, le gemmage en outre, permet de nettoyer les sous-bois et de cette manière de réduire la matière combustible au sol, donc de maîtriser les feux au tout début de leur départ et de limiter la vitesse de propagation des flammes. Nous dire que les résineux brûlent plus et plus longtemps et sont la cause des feux revient à accuser la forêt d’être inflammable… allons-nous finir par nous accuser de respirer ? Le problème des forêts réside plutôt dans l’utilisation que nous en faisons que dans sa nature même.

Est-ce compatible de gérer les aléas climatiques et de protéger les forêts ?
De toute façon, le forestier reste indispensable pour la forêt. C’est lui qui la connaît le mieux. Son travail permet d’anticiper au mieux sa protection. Par exemple, le nématode, petit ver blanc qui détruit les pins maritimes de plus en plus en remontant de la péninsule ibérique, est retardé dans les peuplements de pins résinés du fait de la duraminisassions du bois et des tissus. Ne plus gemmés revient à choisir la peste contre le choléra….

Que faudrait-il faire alors ?
Le terrain doit parler avant toute chose. Il faudra apprendre à gérer tous les problèmes en même temps et non pas les uns après les autres. Les forêts doivent être entretenues en maintenant leur biodiversité, nous devons prendre en compte le risque sanitaire et tempête, mais également les risques incendies. Le réseau Défense des Forêts contre l’Incendie (DFCI) est le plus efficace de l’Europe…Les hommes manquent cependant…Il faut mettre des professionnels en forêt.

Il n’y en à pas assez selon vous ?
Non évidemment un départ de feu se gère dans les 30 premières minutes. Vu la grandeur des massifs, il faut du monde. L’an dernier, nos gemmeurs ont été victimes d’un départ de feu criminel…Depuis notre dépôt de plainte nous n’avons pas de retour. L’année d’avant, du vandalisme dans nos forêts pour casser notre matériel…résultat 25% de moins de récolte et aucun retour pour protéger la forêt. Il faut d’abord et avant tout de la pédagogie, de la présence, et une bonne gestion de l’utilisation de nos forêts.

Pour vous, la gestion de la forêt reste donc la meilleure solution ?
Evidemment. Gérer c’est prévoir, prévenir et intervenir quand il le faut. Entretenir les pares-feux, le débroussaillage et mettre des forestiers en forêt permet de gérer au plus près des besoins. Notre cahier de vacances c’est de protéger la forêt alors nous interdire d’aller, c’est pour nous la triple peine (pas de récolte, plus de forêt et une aggravation de la situation climatique). Merci à toutes les personnes qui travaillent cet été pour les forêts et dans les forêts. Bonnes vacances.