Éditorial

Presque rien

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Il me reste moins de deux heures avant d’imprimer cette dernière édition et de partir en vacances pour quatre semaines.
Or, je ne sais toujours pas avec quoi vais-je bien pouvoir remplir cette rubrique !
Il est évidemment hors de question d’évoquer les sujets du moment. Puisque par définition, à quelques minutes des congés, l’actualité n’est plus actuelle.
Mais alors que vais-je exploiter ? Sur quoi “partir” ? Comme on dit dans les rédactions…
Depuis toujours, même si avec les années j’ai appris à mieux la gérer, cette angoisse (de la page blanche) est motrice. Elle alimente la mécanique narrative par des processus “réactifs”, aussi primaires qu’inconscients qui m’échappent totalement. Et c’est tant mieux.
J’aime renouer parfois avec quelques instincts primitifs.
Soudain, une idée saugrenue apparaît à mon esprit : si j’essayais de faire quelque chose avec rien ?
“Ah non, hors de question !” éructe ma conscience. “Il te faut remplir ton rôle, jusqu’au bout ” m’impose-t-elle. Voilà que ma meilleure amie, la permanente exigence jusqu’au-boutiste, pointe le bout de son nez.
En fait, je vivrais probablement très mal que mon lectorat habituel se sente victime d’une certaine forme de supercherie, pour ne pas dire de paresse intellectuelle.
Même si, j’en suis sûr, beaucoup d’entre vous avec la bienveillance qui les caractérise, assimileraient cela sans trop de difficultés, me trouvant même quelques excuses de circonstance du genre : “C’était sa dernière semaine”, “Nous étions en pleine canicule”, “On ne peut pas être à 100 % tout le temps”, etc…
Oui.. mais non !
Et puis il faut reconnaître que brasser de l’air, faire du vent, user le soleil, n’est pas donné à tout le monde !
Surtout, je ne bénéficie pas des techniques très élaborées, savamment enseignées à certaines de nos élites dans quelques prestigieux établissements bien connus pour le formatage idéologique qu’ils dispensent…
Mais si, vous savez bien, là où la médiocrité a pris le pouvoir, afin de ne surtout pas faire de vague et de ne jamais bousculer l’ordre établi…
Immuable continuité, sacro-saint immobilisme, ordinaire linéaire auquel il convient d’œuvrer, afin que ne puisse dépasser le clou qui risquerait d’attirer le marteau.
Avec tout ça, (presque rien), on en est déjà à près de 2500 signes, c’est-à-dire au volume correspondant à l’espace qu’il me faut remplir. Les vacances se rapprochent…
On s’arrête là ? Non.
Avant de conclure, juste une dernière pensée. Importante. Nécessaire. Indispensable.
Je voulais tout simplement vous dire que vous allez me manquer. Que sans vous, j’ai du mal à me sentir utile. Voire à trouver sens à qui je suis (devenu).
Et pour cause, si j’en suis là aujourd’hui, à bénéficier de cette minime et modeste reconnaissance, je n’oublie pas que c’est surtout grâce à vous. A votre résonance, à cet écho à nos perceptions, nos exaltations, nos indignations communes que nous partageons, depuis plusieurs années maintenant.
Alors bonnes vacances à tous.  Et rendez-vous dès le lundi 26 août, pour de nouvelles aventures…