Dossier de la semaine. Pourquoi l’accès aux soins reste difficile dans le Jura ?

Territoire rural et montagneux, le Jura fait face depuis plusieurs années à une pénurie de médecins qui complique l’accès aux soins pour ses habitants. Faible densité médicale, centralisation des structures et difficultés d’installation expliquent un déficit durable, ressenti au quotidien par la population.

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Accès soins Jura
Les spécialistes manquent de plus en plus à l'appel dans le Jura.

Le Jura reste l’un des départements les plus sous-dotés en médecins de Bourgogne-Franche-Comté. Selon un sondage Ici-France Bleue/Odoxa, 78 % des habitants se déclarent insatisfaits de l’accès aux soins, et 92 % signalent des difficultés pour consulter un spécialiste. La densité médicale est de 375,9 médecins pour 100 000 habitants, contre 441 au niveau national, d’après les chiffres partagés par le Conseil National de l’Ordre des Médecins.

La géographie complique l’accès aux consultations : montagnes, villages dispersés, longues distances entre bourgs et centres urbains. « La tendance à tout ramener en ville n’arrange rien. Il y avait des médecins un peu partout sur le territoire, aujourd’hui ils sont tous au même endroit », observe le Dr Christine Bertin-Belot.

Depuis 30 ans, de petites cliniques ont fermé au profit de structures centralisées et de maisons de santé pluridisciplinaires. Ce choix a créé un déséquilibre entre soins programmés et urgents et complique l’installation des jeunes médecins, qui privilégient des zones urbaines et des horaires prévisibles.

Une pénurie qui touche particulièrement les spécialistes

Les patients subissent les conséquences : suivi limité des maladies chroniques, accès difficile aux spécialistes, comme les dermatologistes. Selon un communiqué de la Société française de dermatologie publié en février 2025, la France a perdu plus de 1 000 dermatologues en dix ans et n’en compte plus que 2 928 en activité. Un chiffre jugé largement insuffisant face au vieillissement de la population et à l’augmentation des besoins. Et le Jura n’y déroge pas, les rendez-vous dermatologiques s’y font de plus en plus difficiles. Et la situation pourrait encore se dégrader : d’ici 2030, 20 à 30 % des départs à la retraite ne seraient pas remplacés, faute de formation suffisante, selon la Société française de dermatologie.

La téléconsultation et les plateformes spécialisées permettent d’atténuer ces difficultés. Christine Bertin-Belot ajoute : « Ces outils ne remplacent pas une consultation physique, mais ils permettent un suivi régulier et rassurent les patients. » Hélène Barberousse, Directrice des études et de la valorisation chez deuxiemeavis.fr, souligne l’impact sur les habitants : « La téléconsultation permet aux patients d’accéder à un avis spécialisé plus rapidement. C’est crucial pour limiter l’errance diagnostique et la perte de chance. »

Un déficit multifactoriel à long terme

« Ce n’est pas le manque de médecins qui pose problème, mais le manque de ceux qui s’installent », insiste la praticienne. Pour corriger ce déficit, il faudra des mesures incitatives, un meilleur maillage territorial et un soutien aux jeunes praticiens. Hélène Barberousse conclut : « La situation du Jura illustre bien que l’accès aux soins dépend à la fois de la présence de médecins et de solutions innovantes pour pallier la distance et la rareté des spécialistes. »