Rubrique. Grands mots, grands remèdes : Secret de Polichinelle

Un secret bien connu à Grasse se dévoile à travers une histoire pleine de mystères et d'observations locales intrigantes.

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J’ai pas été surprise pour deux sous ! Elle se pensait que j’y voyais pas ! Pensez-vous ! À la voir draler comme ça derrière le presbytère à se biquer à bouche-que-veux-tu avec le Jeannot à la Germaine, j’avais gros misé qu’elle prendrait de l’avance et qu’elle finirait par faire Pâques avant les Rameaux ! (1) Et bin, j’t’en fiche ! ça n’a pas manqué. Et pas qu’un peu mon n’veu !(2) La voilà avec un Polichinelle dans l’buffet ! (3) Toute façon c’est tout pique le portrait de sa mère ! Les chiens font pas des chats. C’est des femmes, faut pas leur en promettre ! On leur donnerait le Bon Dieu sans confession mais comme dit Monsieur le Curé : elles ont le feu au derrière. Rien que d’y penser, ça fait froid dans le dos de les savoir à chenailler avec le premier drouillou qui passe (4). Et pas question de faire à la retirotte c’est plus d’mode, à c’que j’ai entendu dans l’poste ! (5)

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La Marie-Madeleine est pimpante ce matin. Elle allait comme tous les matins acheter sa baguette chez la Paulette quand elle a croisé, devant le cabinet où il n’y a plus de docteur, la cadette à la Gilberte qui -effectivement- semble avoir des espérances.

La Marie-Madeleine a découvert le pot aux roses et ce qu’elle a appris aujourd’hui sera demain de notoriété publique. Est-ce parce qu’elle n’a jamais été portée sur la chose et que Félix son chat fidèle lui apporte une tendresse bien suffisante ? Toujours est-il qu’elle n’est pas du genre à rester motus et bouche-cousue. Quand elle découvre un cadavre dans le placard, elle se fait une religion de vendre la mêche au plus vite pour mettre au parfum ses intimes et aussi ceux qui le sont moins mais qui n’ont pas démérité pour autant (6). Certains cachent leur jeu, mais la Marie-Madeleine préfère lâcher le morceau pour éviter que des innocents tombent dans le panneau (7). Ou se fassent rouler dans la farine.

Notes pour compléter ce texte

(1)“Faire Pâques avant les Rameaux c’est un peu comme coller le timbre avant d’avoir trouvé l’enveloppe. En plus catholique et apostolique, naturellement.” Une version pastorale et bucolique de cette expression rabelaisienne du XVIème serait plutôt “mettre la charrue avant les bœufs”. On a bien compris qu’il ne s’agit point ici du XVIème arrondissement. Quoiqu’il en soit c’est une gymnastique un peu casse-cou qui a conduit plus d’un couple à la disqualification pure et simple.

(2)“Un peu mon n’veu !” est une paréchèse, une figure de style populaire. Dures à avaler, mais notre langue en regorge. “À l’aise, Blaise !”, “Tranquille, Émile !”, “Cool, Raoul !”, “Tu parles, Charles !”, etc.
Évidemment l’arrogante “Et mon cul c’est du poulet ?” n’a strictement rien à voir et l’on est en droit de se demander ce qu’elle vient faire ici.

(3)– Avoir un Polichinelle dans le buffet (ou dans le tiroir), c’est comme disent les anglais avoir un pain au four. Pulcinella, devenu chez nous Polichinelle, est un personnage napolitain de la commedia dell’arte. Son costume blanc ample recouvre un grand bavard au ventre rebondi très marqué.

(4)– Le verbe chenailler raconte des ébats amoureux bruyants et comtois. On dit : ce drouillou a bien encore chenaillé toute la nuit avec cette gaille. Ou mieux encore : on ne le dit pas. Quand certaines conditions sont réunies, ces élans peuvent conduire à l’arrivée d’un chenaillon neuf mois plus tard.

(5)– Faire la chose “à la retirotte” est une technique amoureuse non conventionnelle et quelque peu démodée depuis ce premier janvier 2023 où les préservatifs sont devenus gratuits en officine pour les moins de 26 ans. Pour les plus anciens, ils peuvent demander à leurs enfants ou petits-enfants d’aller les acheter pour eux en Pharmacie. En plus de rendre service, ça crée du lien intergénérationnel.

(6)– Quand, à la Renaissance, les parfumeurs ont ouvert boutique dans toute l’Europe, ce fut un engouement de grande ampleur. On papotait beaucoup dans ces boutiques où s’échangeait des secrets. Je ne peux naturellement rien vous en dire mais sachez qu’ils étaient nombreux. On dit que l’expression “être au parfum” viendrait de ces confidences. Des secrets d’alcôves délocalisés en quelque sorte.
Ceux qui n’étaient pas mis au parfum pouvaient user de leur flair pour sentir le bon coup.

(7)– En ces temps électoraux nous allons être nombreux à tomber dans le panneau.
Mais l’expression ne vient ni des promis-jurés à l’affiche dans notre démocratie ni des placards publicitaires qui s’acharnent à nous en offrir le double pour le prix de la moitié.
Le panel au XIIIème siècle était une pièce d’étoffe. Il désigna ensuite différentes pièces de tissu du coussinet de selle au pan de chemise. Dès 1285, il devient une technique de chasse pour piéger dans un filet tendu, le panneau, la bécasse qui se laisse prendre et tombe dedans.