Sa blonde chevelure est ébouriffée par l’apesanteur qui règne dans la capsule quand Sophie Adenot, à 400 kilomètres au-dessus de nos têtes, regarde par son hublot fragile la planète bleue qui rougeoie (1). Ici-bas, les moins chauves d’entre nous ont les cheveux qui se dressent sur la tête en scrutant les désordres de notre minuscule Terre en feu. Nos luttes échevelées décoiffent à tue-tête !
Les colosses aux pieds d’argile font la guerre aux tigres de papier (2). Autour du grand Monopoly des territoires en lutte, les tricheurs lancent leurs dés pipés (3) et troquent leur fausses cartes. Échange Rue de la Paix contre rue du Paradis. Ayatollah contre Prince des Ténèbres. Talon d’Achille contre Château de Cartes. Bisque-bisque-rage contre tu-l’as-dans-l’os (4). Entrecoupé d’une courte page de publicité parce que s’entretuer c’est fort, mais il faut bien vivre.
Dans le Livre de Daniel, chapitre 2, le prophète décrit le songe de Nabuchodonosor II, puissant roi de Babylone. Le roi a rêvé d’une statue immense et terrifiante. Sa tête est en or pur. Sa poitrine et ses bras sont en argent. Son ventre et ses cuisses sont en bronze. Ses jambes sont en fer et -damnation ! – ses pieds sont en argile.
L’argile est fragile, c’est le défaut dans la cuirasse ! Quelle que soit la robustesse de la pantoufle, c’est bien connu, les pieds d’argiles -comme les pieds nickelés- sont voués à se retrouver les harpions en charpie à la première baston. C’est casse-pied mais c’est ainsi (5).
Soudain, une pierre tombe du ciel. Nous dirions aujourd’hui, après de longues études et quelques franches bousculades aux portes du réfectoire, une météorite. L’argile est pulvérisé et la statue effrontée, sous cette fronde, s’effondre.
La Marie-Madeleine me souffle : “c’est malheureux vois-tu, parce que ça gaspille”.
Oui ! Mais, ainsi va le monde.
Notes pour compléter ce texte
(1)- Sophie Adenot est, après Claudie Haigneré, Philippe Perrin, Léopold Eyharts et Thomas Pesquet, la cinquième à porter l’écusson français dans la Station Spatiale Internationale (ISS).
Nous vivons une géopolitique incertaine et nous ne lui souhaitons pas la même aventure que celle qu’a vécu Sergueï Krikaliov. Ce natif de Léningrad est un soviétique parti dans l’espace le 18 mai 1991 et qui devait retrouver l’URSS à Baïkonour quelques mois plus tard.
Mais, le 25 décembre 1991, Gorbatchev démissionne.
Krikaliov, désormais natif de Saint Pétersbourg, retrouve la Terre dans un nouveau pays indépendant : le Kazakhstan, avant d’être transféré -enfin- dans la Fédération de Russie. Parti soviétique, il est revenu russe. Il a dû croire qu’en orbite il s’était mis le doigt dans l’œil…
(2)- Si le colosse aux pieds d’argile nous vient de la Bible, le tigre de papier, comme l’invention du papier lui-même- nous vient de Chine où l’expression ancienne connut un succès jamais démenti depuis son usage répété dans les discours de Mao Zedong. Le papier inventé deux siècles avant notre ère, connut un bel engouement et s’exporta au Japon où l’on inventa l’origami. Cet art du pliage, d’abord à usage religieux devint un loisir quand le prix du papier fut accessible à chacun.
(3)- Les oiseaux pépient, les oiseleurs imitent leur cri pour les piéger dans leur filet. C’est cette ruse qui nous a donné “c’est du pipeau”. Le sens de tromperie s’est attaché au XVème siècle aux jeux de hasard dans les tripots où de mauvais garçons lestaient discrètement les dés avec du plomb pour que -les dés étant pipés- ils tombent obstinément du bon côté.
(4)- Bisque, bisque, rage ! Cette ritournelle est une épanalepse. Répétition destinée à enfoncer le clou et à exaspérer l’interlocuteur. Une sorte de na-na-nère mais en plus intello. De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace disait Danton en 1792.
Au jeu de paume, une bisque était un avantage d’un point accordé à un joueur sous certaines conditions. De quoi faire enrager, ou bisquer si l’on préfère, l’adversaire frustré par ce handicap imposé.
(5)- Il a fallu attendre le XIXème siècle avant que les pénibles, les embêtants, les fatigants, les importuns et les agaçants (et Dieu sait s’ils étaient nombreux) comprennent enfin qu’ils pouvaient tout aussi bien être des casse-pieds sans gros effort supplémentaire. L’image est simple. Certes, on ne casse pas vraiment les pieds ce qui -à la longue- coûterait bonbon à la Sécurité Sociale. Mais on entroupe, on gêne la marche et au bout du compte c’est assez fatigant il faut bien le reconnaitre. Et même enquiquinant.


























