Région. Hausse du prix du carburant : la limite symbolique des 2 euros bientôt franchie ?

Depuis le 28 février et le début de la guerre au Moyen-Orient, le prix du litre de gazole a augmenté de près de 20 centimes en France, et celui de l'essence de 10 centimes. Retour sur les causes et les perspectives de la crise avec Nicolas Ducrot, directeur général de AVIA Thevenin Ducrot, implanté sur la moitié Est de la France.

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Station Avia

« C’est une situation assez inédite », confie Blandine Ruty, secrétaire générale de l’Ufip (Union française des industries pétrolières). « Le prix du baril de pétrole s’est envolé, passant de 72 dollars la veille du début du conflit au Moyen-Orient à 88 dollars une semaine après », explique la responsable nationale. Cette situation a fait augmenter mécaniquement les prix à la pompe en Bourgogne-Franche-Comté.

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” Quand le baril augmente d’un dollar, c’est un centime par litre à la pompe “

Nicolas Ducrot, directeur général de Thevenin Ducrot, filiale d’Avia à l’Est de la France, explique ce mécanisme :  « avec tous les acteurs français, comme Total Energies qui a une énorme raffinerie en Arabie Saoudite, les répercussions de la potentielle fermeture du détroit d’Ormuz (qui draine 20 % du pétrole mondial) sont immédiates. Quand on rachète le produit, on subit ces quotas de prix. Il existe une petite règle simple : quand le baril prend un dollar, on a une répercussion d’un centime par litre. »

Les achats de précaution comme facteur aggravant

À cette augmentation mécanique s’est ajoutée rapidement un emballement de la demande, avec des achats de précaution qui entretiennent la hausse des prix. « On a eu deux mois de janvier et février très calmes à la pompe, avec des volumes relativement bas. Personne ne pouvait anticiper ce qu’il s’est passé le 28 février. On a eu une augmentation brutale des volumes, qui ont doublé, parfois triplé », indique le directeur général. « Sur certains sites, on réapprovisionne une fois par semaine mais, là, la cadence est telle qu’on livre deux fois par jour », complète Sébastien Longet, directeur de réseau Bourgogne, Champagne et Ile de France d’Avia Thevenin Ducrot.

La hausse des prix touche davantage le gazole que l’essence, en raison d’une plus forte dépendance au Moyen-Orient pour le premier carburant.

Nicolas Ducrot tient à contredire une idée reçue sur les stocks des groupes pétroliers : « Je comprends la réaction des gens. Ils se disent : “c’est anormal, vous avez des stocks et vous les valorisez tout de suite”. Ce qui n’est pas réalité : Les sites sont livrés tous les jours, les prix de ventes sont définis sur la base des prix de livraison quotidien, donc automatiquement impactés par la hausse des cours. Chaque évolution du prix du baril influence le prix à la pompe entre 24 et 48 heures plus tard » précise Sandrine Ruty. Cependant, l’Ufip tient à rappeler que tout risque de pénurie est à exclure pour le moment : « Il n’y a pas d’inquiétude à avoir, la chaîne est résiliente et les sources d’approvisionnement sont diversifiées. Actuellement, 97 % des stations en France sont opérationnelles. »

” Si les cours continuent à augmenter, on devra passer cette barre “

« C’est la différence avec la crise en Ukraine en 2022, où il y avait un vrai risque de pénurie. C’était la fin du pétrole russe, il fallait réorganiser toute la filière. Alors que là, il n’y a pas de soucis d’approvionnement, c’est la volatilité des prix le problème », complète Cyril Cortes, Directeur réseau autoroutes. Face à cette volatilité, Avia a déjà mis en place des dispositifs de plafonnement, notamment sur son réseau autoroutier pour ne pas dépasser les 2 euros du litre. « Nos marges fortement impactées, on décide de les réduire, mais, si les cours continuent à augmenter, on devra passer cette barre. On est tétanisés à l’idée de le faire, car ça remettrait une pièce dans la machine de la panique, des files d’attentes et donc de l’augmentation des cours, c’est un engrenage infernal ! » conclut Nicolas Ducrot.