Oyonnax. Fermeture de la pharmacie de la Vapeur : les officines condamnées à fermer au centre-ville ?

Marie-Claire Augée a fermé les portes de la pharmacie de la Vapeur le 31 mars. Au centre ville d'Oyonnax, seulement deux officines accueillent encore les patients, alors que six pharmacies étaient installées en 2013. Un phénomène qu'analysent les professionnels en place rue Anatole France.

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désertification médicale Oyonnax
Marie-Claire Augée a fermé sa pharmacie au quartier de la Vapeur, partant avec son personnel, Anissa Alhabshi et Kiara Mendes, à la pharmacie d'Arbent.

“C’est un grand regret pour le quartier. Je remercie les gens de m’avoir suivie jusqu’au bout”, déplore Marie-Claire Augée.

La tenancière de la pharmacie de la Vapeur a fermé définitivement ses portes le 31 mars. Celle qui s’est installée en 1992 dans le quartier ne pouvait plus tenir les deux bouts, face à la désertification médicale en centre-ville, l’implantation de grandes structures en périphérie et le contexte général de la santé.

“On ne peut pas tenir par rapport à tout ce que la Sécu nous demande. Le dernier médecin du quartier est parti à la maison médicale rue Jules Michelet. Des pharmacies se créent dans tous les supermarchés, il y a un déplacement de la clientèle, qui achète ses médicaments en même temps que ses courses.”

Deux personnes dans une pharmacie, liée à la fermeture de pharmacies en centre-ville.

Un peu plus loin dans la rue Anatole France, Pascal Simeon, co-directeur de “Ma pharmacie” au numéro 98, s’inquiète de cette nouvelle fermeture en centre-ville. “En 2013, on était encore six, si on compte le quartier de la gare. D’ici une dizaine d’années, pas sûr qu’il en reste une seule dans le centre. Elles ne ferment pas toutes, il y a beaucoup de transferts. C’est un problème conjoncturel, avec le développement des périphéries, qui ne concerne pas qu’Oyonnax.”

Plus globalement, le nombre de pharmacies diminue en France depuis les années 90. En 1998, près de 26 000 officines étaient installées, elles sont autour de 19 000 aujourd’hui.

“C’est dur, on surfe devant la vague. En 2022, on était 10 : on n’est plus que 7 avec une agente de nettoyage, un apprenti et une préparatrice en moins. À côté de ça, on augmente les horaires d’ouverture”, explique la co-directrice Laurette Roux-Billon.

Stéphanie Baverel, pharmacienne, dans sa pharmacie Anatole au 100 rue Anatole France.

“Les grosses structures peuvent rester viables”

Deux numéros à côté, Stéphanie Baverel, de la pharmacie Anatole, dresse un constat encore plus pessimiste : “Les petites pharmacies sont condamnées à fermer. Avec la baisse continue du prix des médicaments, on n’a pas une rentabilité suffisante pour payer un pharmacien à temps plein, ce qui est nécessaire pour ouvrir une officine. D’un côté, il y a une pénurie de personnel (la pharmacie Anatole recherche un préparateur) et, de l’autre, on ne peut pas payer un pharmacien diplômé. Les grosses structures, elles, peuvent mutualiser les frais de fonctionnement et rester viables.”

Pour Stéphanie Baverel, cette fuite en faveur des grandes zones n’est pas de bon augure pour la santé publique : “Est-ce que la population sera enchantée d’aller chercher ses médicaments dans un méga-centre pharmaceutique ? Ces lieux manquent d’humanité et ont une moins bonne connaissance de la patientèle.”

En attendant, Marie-Claire Augée a bien quitté la pharmacie de la Vapeur, avec son stock et son personnel, pour aller garnir les rangs de la pharmacie d’Arbent. “Je ne sais pas ce que mon magasin va devenir. Le bail s’arrête en septembre, ensuite, ce sera au propriétaire de décider”, conclut la pharmacienne.