
Du jeudi 26 février, aux alentours de 17 heures, à la remise en service progressive de l’eau potable samedi et dimanche, la file d’attente n’a pas cessé à la Maison de l’Eau de Haut-Bugey Agglomération. Des distributions de bouteilles en continu, où les habitants du bassin oyonnaxien ont réagi différemment à la crise inédite : “On avait déjà un stock d’eau à la maison. Et, pour la cuisine, on fait tout ce qui est surgelé, au four, au micro-onde, au air fryer… Ce qui est inquiétant, c’est pour la douche et les toilettes, si ça se prolonge”, témoignait Bernard, habitant d’Oyonnax.
Selen craignait aussi un prolongement de la crise : “C’est hyper compliqué pour le biberon du bébé. D’autant qu’on a fait plusieurs supermarchés et il y a pas mal de ruptures. Je trouve que deux bouteilles par personne, c’est très peu. J’ai vu qu’en Hollande ou en Belgique, ils donnent un pack directement, ça nous éviterait de revenir plusieurs fois”.

“On a ramené 100 litres d’eau depuis le Jura”
Agnès, habitante de Bellignat, partageait ce constat, sans toutefois ajouter de la gravité à la situation : “Avec quatre bouteilles, je vais pas aller loin. Mais bon, pour la toilette, on se passe un coup de gant sur la figure, en espérant que ça ne dure pas. Chez ma sœur, qui habite aussi à Bellignat, ça coule encore”.
Du côté des commerçants d’Oyonnax, la débrouillardise était aussi de mise. Si nombre d’entre eux étaient fermés le vendredi, notamment les coiffeurs, certains bars et commerces de bouches ont mis tous les moyens pour éviter les pertes. “On fait le pétrin la veille pour le lendemain, donc vendredi, on était encore bon. Mais, pour samedi, on a ramené 100 litres d’eau depuis le Jura dans des gros jerricans. C’est le bazar, mais on a une bonne équipe. On continuera ce système D jusqu’au rétablissement, parce que fermer, ça a un gros coût”, expliquait Elsa Dubois, de la boulangerie du Parc.

Un peu plus loin, au bistrot de la Vapeur, Caroline Jeantet a aussi fait avec les moyens du bord : “J’ai ramené la machine à café de chez moi, et on la remplit avec des packs d’eau. On se débrouille car on ne peut pas se permettre de fermer. Mais bon, on ne va pas cuisiner longtemps à la bouteille d’eau.” Kamel Kernou, du restaurant Terminus de la gare, a quand même réussi à servir vendredi midi : “J’ai été très surpris en arrivant ce matin, et je trouve qu’on manque un peu d’information. Mais j’essaie de le prendre du bon côté : les clients boivent du vin et on pourra vendre plus de bouteilles d’eau minérale”.
À l’hôtel du Haut-Bugey, la pilule avait plus de mal à passer pour Arnaud Moenaert. “J’ai dû fermer toutes les chambres, ainsi que le restaurant, car on ne peut pas respecter les règles d’hygiène. On devait recevoir une vingtaine de chambres ce vendredi soir avec le festival de danse. C’est une perte d’exploitation significative.”
“Besoin de mieux nous préparer et nous coordonner”
Du côté des écoles, elles assuraient un service minimum vendredi 27 février, même si certains lycées ont fermé totalement à midi, comme le lycée Paul Painlevé. À l’école élémentaire Gabriel Jeanjacquot, le directeur Gilles Fontaine a accueilli cinq élèves, sur un effectif total de 80 : “Les parents qui ont des obligations professionnelles sont dans la panade. C’est une situation très bizarre, la cantine est fermée et je crains le retour de lundi. La crise sanitaire l’avait déjà montré : je pense que nous avons besoin de mieux nous préparer et nous coordonner”.
Si la situation est revenue à la normale en début de semaine suivante, grâce à la mobilisation d’équipes de soudeurs spécialisés, cette mini-crise de l’eau dans le Haut-Bugey aura mis en lumière le besoin impérieux de la première source de vie pour toute activité.

























