Lons-le-Saunier. Les oubliées de la musique retrouvent la scène

Dans le sillage de la Journée internationale des droits des femmes, la médiathèque 4C et le conservatoire rappellent que les compositrices ne constituent pas une exception mais un héritage. « Femmes compositrices » en est un exemple.

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De Clara Schumann à Amy Beach, les œuvres de compositrices témoignent d’un patrimoine musical riche mais longtemps sous-représenté dans l’enseignement.

Parler de composition musicale revient souvent à dérouler une partition connue. Des siècles de création. Des noms illustres : Mozart, Beethoven, Chopin, Ravel. Les compositeurs qui viennent à l’esprit sont majoritairement masculins. Pourtant, d’autres lignes mélodiques existent. Des femmes les ont écrites. L’histoire les a longtemps jouées piano fermé. Aujourd’hui encore, elles peinent à trouver leur place dans le récit de la musique savante.

À Lons-le-Saunier, le conservatoire et la médiathèque 4C mènent un travail patient. Les équipes rappellent que ce silence n’est pas une fatalité. Elles donnent à entendre. Elles laissent parler les œuvres. « On ne cherche pas à opposer, mais à remettre en lumière », résume Claire Lattier, en charge du pôle musique au 4C. La nuance compte. L’objectif ne vise pas à réécrire l’histoire mais à en corriger les angles morts.

Redonner corps aux œuvres

L’événement de la médiathèque des 4C, “Femmes compositrices : l’histoire oubliée de la musique”, organisé le 7 mars, en donne un exemple concret. Le programme aligne les noms de Germaine Tailleferre, Maria Szymanowska, Mel Bonis, Clara Schumann, Fanny Mendelssohn, Claude Arrieu, Cécile Chaminade et Amy Beach. Une évidence s’impose : le répertoire existe. Guillaume Kosmicki lui consacre même un ouvrage dense et documenté. Il traverse toutes les périodes. Il a pourtant été moins transmis, moins étudié, moins programmé. La journée du 7 mars se concentre d’ailleurs sur la période romantique, du début du XIXe au début du XXe siècle, jusqu’à aujourd’hui.

« La composition est restée longtemps un territoire réservé », rappelle Nathalie Dejaegher, directrice du conservatoire de Lons-le-Saunier. Les femmes jouaient et enseignaient. Elles composaient aussi. Mais la société limitait leur accès aux études. Les carrières s’interrompaient. Certaines œuvres paraissaient sous pseudonyme. D’autres étaient attribuées à des hommes. Pourtant le talent ne manquait pas. Les conditions faisaient défaut.

Une transmission qui change de ton

La transmission joue un rôle central. Certaines classes intègrent déjà ces œuvres au quotidien. « Pour les élèves, ce n’est pas une curiosité », souligne Nathalie Dejaegher. Les enseignants les travaillent comme tout autre répertoire. Les élèves les interprètent avec la même exigence.

La médiathèque prolonge ce mouvement. Elle propose des livres, des enregistrements et des ressources jeunesse. Elle ouvre ces parcours aux mélomanes comme aux néophytes. « Il faut pouvoir entrer dans cette histoire sans bagage préalable », insiste Raphaëlle Billy, chargée du pôle musique. La musique crée alors des passerelles entre générations et disciplines.

Derrière la question musicale, la société interroge la place des femmes dans la création. Le mouvement progresse. « On sent que les choses évoluent », observe Raphaëlle Billy. Des cheffes d’orchestre émergent. Les compositrices contemporaines s’imposent et des chercheuses documentent ces trajectoires. La partition s’élargit. Des livres récents et des podcasts émergent aussi. L’ouvrage Mozart était une femme, par exemple, propose un regard décalé mais documenté sur ces trajectoires oubliées. Des productions audio commencent à apparaître dans les catalogues de podcasts. Et l’exemple lédonien en apporte une mesure supplémentaire.