Dossier de la semaine. Grève des médecins libéraux : dans le Jura, une colère ancrée dans le quotidien

Début janvier, les médecins libéraux du Jura se sont inscrits dans le mouvement national de grève pour dénoncer la dégradation de leurs conditions d’exercice. Une mobilisation portée par des revendications professionnelles, entre surcharge administrative, manque de dialogue avec les pouvoirs publics et inquiétudes pour l’avenir du système de soins.

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Grève médecins libéraux Jura
Les médecins dénoncent des décisions prises sans considération pour la réalité sur le terrain.

Les médecins libéraux se sont mobilisés début janvier dans toute la France. Dans le Jura, certains cabinets ont ralenti leur activité, même si les urgences ont été assurées grâce à des réquisitions anticipées. La mobilisation traduit un mécontentement profond lié aux conditions d’exercice et au manque de dialogue avec les décideurs.

« Le problème n’est pas qu’il n’y ait plus de médecins en France, mais qu’il n’y en a plus qui s’installent là où on en a besoin », résume le Dr Christine Bertin-Belot, présidente du SML 25 et déléguée régionale. La charge administrative accrue est au cœur des plaintes. « Nous faisons aujourd’hui le travail des mutuelles : envoyer les papiers, gérer les dossiers. C’est du temps qu’on ne passe pas avec les patients », explique-t-elle.

Pour Hélène Barberousse, directrice des études chez deuxiemeavis.fr, la situation a un impact direct sur les habitants : « 78 % des Jurassiens se déclarent insatisfaits de l’accès aux soins, et 92 % rencontrent des difficultés pour voir un spécialiste. Ce malaise structurel nourrit aussi le mouvement de grève. »

Les médecins refusent de devenir un filtre financier. « En tant que médecins, notre rôle est de soigner. On ne doit pas décider en fonction du porte-monnaie du patient. C’est aux mutuelles et à la Sécurité sociale de gérer le remboursement », ajoute le Dr Bertin-Belot.

Le mouvement national a rassemblé environ 20 000 médecins dans les rues, un chiffre inédit. Dans le Jura, la mobilisation a révélé l’écart entre la réalité du terrain et les décisions politiques. « Ceux qui votent les lois sont extrêmement loin des territoires ruraux », insiste la syndicaliste.

Des revendications au-delà de la rémunération

Au-delà des salaires, les praticiens dénoncent l’organisation du système de soins et les contraintes financières. « Ce mécontentement reflète des difficultés d’accès aux soins anciennes et structurelles », note la syndicaliste. Hélène Barberousse ajoute : « Ce mouvement met en lumière ce que les chiffres ne disent pas toujours : les patients souffrent réellement de retards de consultation et d’errance médicale. »

Dans le Jura, cette mobilisation rappelle que sans conditions d’exercice satisfaisantes, la qualité des soins et l’accès aux patients pourraient se dégrader, même dans les zones rurales. Les médecins réclament davantage d’écoute et des mesures concrètes pour réduire la paperasse et soutenir l’installation de jeunes praticiens. Pour eux, la grève n’est pas un abandon des patients, mais un signal d’alerte sur l’avenir du système de santé.