Dossier de la semaine. Dans le Jura, la transition énergétique se construit projet par projet

Avec l’inauguration d’une installation photovoltaïque sur le toit de l'hôtel du Département, le Jura poursuit sa stratégie de transition énergétique. Si le solaire progresse rapidement sur les bâtiments publics, d’autres filières, comme l’hydroélectricité ou l’éolien, peinent encore à se développer.

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À Ounans, la nouvelle centrale hydroélectrique en cours d’achèvement illustre le potentiel encore sous-exploité de cette énergie dans le Jura, entre ambitions de production et contraintes environnementales.

Le Jura concrétise sa transition énergétique par des projets visibles. Mardi 17 mars, le Conseil départemental a inauguré une installation photovoltaïque sur le toit de l’Hôtel du Département à Lons-le-Saunier. Un chantier emblématique : 533 m² de panneaux, 120 kWc de puissance installée et une production annuelle estimée à 121 000 kWh.

Cette installation doit couvrir environ 17 % des besoins du bâtiment et permettre près de 27 000 euros d’économies par an. D’un coût total avoisinant le million d’euros, le projet s’inscrit dans une stratégie globale visant à améliorer la performance énergétique du patrimoine public.

« On équipe un maximum de nos bâtiments », explique Franck David, premier vice-président du Département, en charge des ressources et du patrimoine naturels. « C’est ce qu’il y a de plus simple à mettre en place. »
Collèges, centres routiers ou équipements administratifs sont progressivement concernés. À Poligny, le collège Jules Grévy doit ainsi accueillir 684 m² de panneaux pour une production estimée à 153 MWh par an, tandis que d’autres sites, comme la médiathèque départementale ou des centres techniques, sont en cours d’équipement.

Au-delà de ces installations, le Département mise aussi sur des boucles d’autoconsommation collective, permettant de mutualiser la production entre plusieurs bâtiments publics. Une stratégie qui commence à porter ses fruits : en cinq ans, la collectivité affirme avoir réduit sa consommation énergétique tout en évitant près de 10 000 tonnes de CO₂.

L’hydroélectricité, « pas assez développée »

Si le solaire apparaît comme la filière la plus rapide à déployer, les autres énergies renouvelables avancent plus difficilement. L’hydroélectricité, pourtant historiquement présente dans le Jura, reste selon Franck David « pas assez développée ». « À mon avis, il y a encore pas mal de projets qui peuvent sortir de terre », estime-t-il.

Le territoire dispose pourtant d’atouts naturels importants, notamment grâce à la Loue ou au Doubs. Un projet de centrale est actuellement en cours d’achèvement à Ounans, sur un barrage appartenant au département. Mais ces installations nécessitent des investissements lourds, souvent portés par des acteurs privés, et doivent composer avec de nombreuses contraintes.

« Il faut laisser passer les poissons, les canoës… Il faut gérer tout ça », détaille l’élu. Continuité écologique, protection des espèces, maintien des usages touristiques : chaque projet doit trouver un équilibre entre production d’énergie et préservation des milieux.

Des difficultés du côté de l’éolien

Du côté de l’éolien, les difficultés sont encore plus marquées. Le Jura ne compte aujourd’hui qu’un seul parc en activité, à Loulle, près de Champagnole. Plusieurs projets sont à l’étude, notamment dans des zones forestières peu habitées, mais leur concrétisation reste incertaine.

« Les projets éoliens, ce n’est pas gagné d’avance », reconnaît Franck David. « Bien sûr que c’est un frein », ajoute-t-il en évoquant les oppositions locales et les recours administratifs, qui peuvent allonger les délais sur plus de dix ans. Mais malgré ces résistances, l’élu insiste sur la nécessité d’avancer. « Demain, il faudra trouver des sources d’énergie », affirme-t-il. « On ne pourra pas vivre sans les énergies renouvelables » conclut-il.

Dans ce contexte, la transition énergétique jurassienne avance à plusieurs vitesses. Si le photovoltaïque se déploie rapidement sur les bâtiments publics, l’hydroélectricité et l’éolien restent confrontés à des contraintes plus lourdes, techniques comme sociales.