Rubrique. Grands mots, grands remèdes : Câlin

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Origine journée câlins
Image d'illustration. Câlin.

Si vous lisez cette rubrique c’est que vous êtes sortis indemnes de la journée du 21 janvier (1). Ça n’était pas gagné. Le 21 janvier, on célèbre la journée internationale des câlins et tout peut arriver. Surtout pour qui s’aviserait de faire du hors-piste sans matériel de sécurité (2).

Jura Vitrages Carré d'Articles

Les savants nous disent que câlin, que vous trouverez dans le dictionnaire rangé entre califourchon et call girl, désignait au XVIème siècle un gueux, un mendiant, un paresseux. Deux siècles plus tard, en 1740, le mot enrichit sa palette désignant maintenant un niais, un naïf… (3). Pas de quoi en faire une journée internationale mais -Dieu soit loué !- la langue évolue.

L’origine du mot est incertaine. Alain Rey, nous dit que le câlin trouve sa source en Normandie comme l’Orne et le Calvados. Là-bas, on disait des animaux qui se reposaient à l’ombre pendant les grandes chaleurs qu’ils calinaient. D’ailleurs, chez eux, la caline était la chaleur lourde et le calin désignait aussi l’éclair de chaleur (4).

Selon votre pratique du câlin, sur laquelle il serait intéressant d’avoir un débat (mais pas aujourd’hui du fait de la richesse de l’actualité), je vous laisse juge de la justesse de cette filiation étymologique.

D’après les scientifiques la durée d’un câlin pour obtenir le meilleur rendement serait de sept minutes (5). Mais il est possible qu’il existe des variations individuelles. Et je ne vous connais pas assez pour vous conseiller.

Des chercheurs auraient observé que les enfants grandissent plus quand les parents s’embrassent. On n’a pas la référence. Et l’on a tendance à douter d’autant que Chat GPT ne le confirme pas. Félix et Élodie, les parents de Victor Wembanyama, basketteur de 2,24 mètres, pourraient nous en dire plus mais on n’a pas leur 06. Et quand bien même on l’aurait je ne suis pas sûr qu’on oserait.

Notes utiles pour compléter ce texte

(1)- Chez nos voisins anglo-saxons qui ne sont pas spécialistes du câlin -sinon ça se saurait- la journée du câlin, souvent prolongée jusqu’à la nuit s’appelle le Hug day ou « Hug » est vraisemblablement une onomatopée, contrefaçon des gémissements et râles de certains câlins incomplètement maitrisés par les débutants. Mais il faut bien commencer un jour.

(2)- Le 29 mars 1986, le révérend Kevin Zaborney crée la journée internationale du câlin. Il avait eu l’idée de regarder de près le calendrier et avait constaté que la Saint Valentin était le 14 février. Cela laissait un trou béant entre les bises du jour de l’an et celles de la Saint Valentin. Il eut donc l’idée audacieuse de créer cette journée du câlin avec un principe simple et peu coûteux. Il s’agit de se mettre bien en vue dans un endroit fréquenté de l’espace public en évitant toutefois les lieux de culte et les points de deal. Il faut porter autour du cou une pancarte où est inscrit en caractères gras et lisibles « câlin gratuit ». Les badauds intéressés reçoivent une accolade qui les met de bonne humeur pour quelques minutes à quelques heures selon la sensibilité de chacun et les qualités propres du câlineur. Et ensuite ils retournent bader comme si de rien était sans n’avoir rien à payer, ce qui est quand même bien pratique surtout si l’on n’a pas la monnaie.

(3)- L’adjectif continue d’évoluer. En 1833, apparait l’accent circonflexe et, dans le même temps, le sens de cajoleur. On gagne au change car disparait le sens de paresseux qui subsistait encore chez Chateaubriand et George Sand.
Une autre révolution secoue le câlin : d’adjectif il devient un substantif. Mais c’est un peu la pagaille : le câlin désigne aussi bien l’activité du câlineur que celle du câliné et pire, le câlin c’est aussi l’échange de caresses. Et dans les années 70 le câlin s’enrobe d’un euphémisme et désigne maintenant parfois le rapport sexuel. Seuls les plus débrouillards s’y retrouvent dans cette embrouille sans queue ni tête. Pour les autres c’est l’hécatombe. Reste à espérer que le mot soit désormais figé pour longtemps.

(4)- Le calin est donc aussi en Normandie l’éclair de chaleur. Celui-ci n’a rien à voir avec le coup de foudre.
Racine dans Phèdre explique tant bien que mal cet accident physiologique :
« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ; Je sentis tout mon corps, et transir et brûler. »
On voit que Racine invente ici de toute pièce une scène qu’il n’a pas vécue. « Je rougis, je pâlis » évoque plus le drapeau de la Pologne ou du Canada qu’un désordre amoureux. Et « transir et brûler » qualifient mieux un incendie chez Thiriet qu’une brutale pamoison. Je passe direct à Corneille.  

(5)- Si la durée observée d’un câlin est en moyenne de sept minutes rappelons pour mémoire que la durée d’un rapport complet est de 20 à 45 minutes dont 5 à 10 minutes de pénétration. Indiscutablement, le câlin simple est donc un sérieux gain de temps. Mais il faut bien tout examiner. Le câlin dont on parle est un câlin quotidien ! Il faut bien sûr en tenir compte avant de faire son choix sur le long cours.