Vous êtes nombreux à me le demander et je me vois acculé à vous répondre.
Pourquoi, dites-vous, alors que la plupart des singes l’ont encore, pourquoi l’homme au cours de sa longue évolution a perdu sa queue ? (1). Je pourrais vous répondre comme jadis une amie de mes parents : c’est le Petit Jésus qui l’a voulu ! Mais je connais votre sens critique.
En réalité, il y a 25 millions d’années, l’Homo sapiens n’était pas encore de ce monde. Il projetait probablement d’apparaitre un jour mais il n’avait pas encore de projet au sens où nous l’entendons aujourd’hui. C’est là que soudain, un petit bout d’ADN, est allé s’insérer dans un gène TBXT avec un sans gêne révoltant. Ça devait n’être qu’une mutation (2). Des queues ! Ce fut une révolution.
L’Homme avait perdu sa queue. Il aurait pu se morfondre et chouiner des heures durant sous un chêne. Mais il a vite compris qu’on pouvait très bien survivre sans queue. Après une courte période d’adaptation naturellement.
Avant cet accident chromosomique, la queue servait de balancier et aussi pour s’agripper aux branches (3). À vos risques et périls car les queues comme les branches, c’est facile à vérifier, recèlent un certain degré d’incertitude.
L’Homme (et je n’oublie pas la Femme) était tenté par la verticalité. En tout cas, déjà avant d’aller se coucher. Il utilisait ses bras pour s’accrocher et bientôt il se mit à marcher en laissant trainer ses pieds par terre. Je ne vous dis pas la tête du premier humain qui découvrit que ça marchait. Je pense que la première fois il en est resté sur le cul ! (4)
La queue qui en avait déjà pris un fameux coup derrière les oreilles avec le gène TBXT, donna vite l’impression d’être plus encombrante qu’autre chose. Au fil du temps elle se résorba jusqu’à ne plus être qu’un vulgaire coccyx (5). On est bien peu de chose.
Notes pour compléter ce texte
(1)- Il y a longtemps -vous n’étiez pas né- les humains et les grands singes comme vous et moi avaient un ancêtre commun. Les grands singes étaient les chimpanzés, les gorilles, les orangs-outans, les bonobos. J’en passe et des meilleurs…
L’homme et le chimpanzé (c’est un exemple) ont 98 à 99% de leur ADN commun venu d’un ancêtre, aujourd’hui disparu, qui vivait il y a 6 à 8 millions d’années.
Aujourd’hui, il est très difficile, quand vous déambulez Place de la Liberté, de dire au pied levé au fil de vos rencontres qui à 98% et qui a 99% de gènes communs avec le chimpanzé. C’est que de l’eau a coulé dans la Vallière depuis que nous partageons les mêmes bananes.
(2)- Il est fascinant de penser qu’un minuscule bout de gène à peine gros comme ça -et encore j’exagère- a pu nous faire perdre notre queue sans espoir de retour. Si vous appelez ce gène Brachyury vous allez vite vous faire repérer. C’est son ancien nom. Aujourd’hui on dit : le gène TBXT. Je vous aurai prévenu.
Au Miocène, un fragment d’ADN est allé s’insérer dans le gène TBXT. Or, c‘était précisément le gène qui servait à faire la queue. Ç’eut pu être le drame de l’année mais cette mutation s’avéra à l’usage mois handicapante que prévue et personne -à ma connaissance- ne regretta longtemps ce machin qui trainait et n’était au fond pas très hygiénique. Si bien que la mutation devenue un avantage se pérennisa.
(3)- Les macaques, les capucins, les singes-araignées n’ont pas été frappés par la mutation et ils ont gardé leur queue. Grand bien leur fasse. Nous ne sommes pas jaloux.
(4)- L’humain a découvert la bipédie il y a bien longtemps. Il en fut le premier surpris et mis longtemps avant de mettre le nom de “bipédie” sur cette technique de déplacement entièrement nouvelle et -il faut bien l’avouer- un peu casse-gueule.
Contrairement à une légende urbaine il n’eut pas aussitôt l’envie d’inventer les tongs et les pantoufles. Il voulait, encore un peu, garder les doigts de pieds en éventail au moins jusqu’à l’invention des congés payés qui se faisait attendre.
Lors de sa première expérience de marche -c’était un jeudi soir- l’homme se retrouva bien vite cul par dessus tête. La première réflexion de ses congénères hilares – comme souvent les congénères- fut “Bien fait pour lui ! Ça lui fera les pieds !” car déjà une certaine forme de jalousie, quoiqu’encore embryonnaire, sévissait dans la savane.
Mais la méthode fut vite adoptée car elle permettait d’avancer (certes ! mais la queue le faisait déjà…) et surtout elle permettait aussi de reculer. Il suffisait de faire à peu près le même mouvement mais à l’envers.
(5)- La Marie-Madeleine me souffle : “c’est toujours mieux que rien”.
À notre époque où les réseaux sociaux ont pris le pouvoir, on a une fâcheuse tendance à mépriser le coccyx qui, pour beaucoup, ne sert à rien d’autre qu’à se le fracturer lors d’une mauvaise chute. En fait le coccyx n’est pas qu’un vestige qui rapporterait beaucoup de points au scrabble si le jeu ne disposait pas que de deux “C”. Il est un point d’insertion pour de nombreux ligaments qu’il serait fastidieux de nommer en latin ici mais qui rendent d’immenses services pour la statique du bassin qui, mine de rien, est drôlement importante. Qu’on le veuille ou non.

























