Vins du Jura : osez rosé !

Longtemps le poulsard a brouillé la carte (des vins) du rosé dans le Jura. Les vins rosé ont désormais lors propre identité.

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La cuvée Découverte du domaine arboisien Jacques Tissot, médaille d’or au concours des vins du Jura en 2018. © Domaine Jacques Tissot
Plus belle la vie avec le rosé du Jura. © Hendrick Monnier

La couleur rosé, sur la palette étoffée des vins du Jura, a toujours un peu défié les lois du coloriage. Un cépage en a été longtemps responsable. Ce taquin de poulsard qui, avec son jus clair, à longtemps été assimilé à un vin rosé alors qu’il était vinifié en rouge (1). Il brouillait les pistes entre rouge et rosé. On se souvient de ces innombrables cartes des vins où, dans la plupart des restaurants, les vins issus de poulsard étaient comme relégués dans la colonne rosé avec des côtes de Provence à trois francs-six sous. On se souvient même d’une campagne de communication proclamant « Rosé du Jura, si bon qu’il en rougit ». Le vignoble n’étant pas un arrosoir à rosé, il était quand même un peu l’arroseur arrosé.

Le train rose passe

Même si le concours des vins du Jura qui a lieu chaque début du mois de juillet conserve une étrange catégorie rouge / rosé, on va dire que, pour reprendre une expression de notre temps, ça c’était avant. Car le rosé n’est plus considéré comme un vin un peu par défaut. La position de la couleur rosé dans les modes de consommation a évolué. Les chiffres de ladite consommation progressent depuis des années, entre féminisation du levage de coude, avec modération, et recherche de vins « sympas » pour barbecuter.

Le poulsard qui brouillait les cartes des nuances et des couleurs. © SVJ

Les Provençaux ne sont plus les seuls à la manoeuvre, chaque vignoble essaie de prendre le train rose en marche. Rappelons qu’en matière d’appellation d’origine contrôlée, un seul vignoble ne produit que du rosé : l’AOC Tavel, dans la vallée du Rhône.

Dilemme pour le vignoble du Jura dont la diversité est bien connue. Comment faire face à cette demande qui s’installe dans une période de récoltes catastrophiques pour le Jura pour des années plus noires que rosées – 2015, 2016, 2017 ? Difficile de réserver du raisin pour cette production. On a vu de jolies cuvées, prétendantes à devenir quasi mythiques, ne pouvoir survivre à ces pénuries. On en est déjà tout nostalgique.

Sauvé par la récolte 2018

Ce n’est pas une raison pour se laisser porter vers les désespoirs bachiques qui préludent aux fortes mélancolies. Un vigneron a même émis en quelque sorte le sarment du Jeu de paume dédié au vin rosé qui dit en substance : « Ce n’est pas parce qu’on déguste un barbecue dans le Jura que l’on n’a pas le droit de l’accompagner d’un vin du Jura. »

Fortes de ces fortes paroles fondatrices, les vendanges 2018 assurent quelque espoir. Sur un volume de production de près de 120 000 hectolitres, un peu plus de 4 100 hectolitres sont déclarés en rosé. Comme toujours dans le Jura, les choses ne sont pas faites à moitié. Le rosé est bien sûr présenté en vin tranquille dans les AOC Arbois et Côtes du Jura, dans les AOC macvin du Jura et crémant du Jura dont les bulles font vraiment voir la vie en rose.

Les trois cépages rouge sont de la partie, poulsard, trousseau et pinot noir lequel, un peu l’oublié du vignoble, trouve là matière à rendre de beaux services. Ce qui suggère un bel été dans le Jura du côté de la gourmandise…

(1) Rappelons que l’on dit ploussard à Pupillin et poulsard ailleurs.

Encadré 1

« Le rosé à toute sa place dans le Jura »

Chef de culture du domaine de Savagny (Grands chais de France), Franck Vichet préside le Comité interprofessionnel des vins du Jura. Il estime que le temps où le poulsard « servait de rosé » est terminé. « Maintenant on fait de vrais vins rosé et les vignerons du Jura ont toute légitimité pour cela. Le rosé a toute sa place dans le Jura ». Le président du CIVJ souligne l’intérêt du pinot noir comme cépage.

Franck Vichet © Stéphane Godin/Ambassadeurs des Vins Jaunes

Dans un paysage viticole où même les Bordelais font la promotion du rosé, la petite production jurassienne trouve facilement à s’écouler, en restant dans un espace régional. Franck Vichet voit aussi un intérêt économique avec le rosé. « C’est un vin qui se vend très vite, le millésime 2018 est mis en vente. Pour les trésoreries des vignerons, c’est aussi un atout ».

Encadré 2

Les vins rosé primés au concours des vins du Jura de 2018

Catégorie Rosé d’été

Or : domaine Jacques Tissot (AOC Arbois, cuvée Découverte 2017) ; domaine Désiré Petit (AOC Arbois-Pupillin 2017).

Argent : Domaine Baud – Génération 9 (AOC Côtes du Jura, L’Audacieuse 2017).

Catégorie rosé/rouge

Or : Fruitière Vinicole d’Arbois (AOC Arbois, Love Poulsard 2017) ; Caveau des Byards (AOC Côtes du Jura 2017).

Argent : Domaine de la Renardière (AOC Arbois 2016) ; domaine Rolet (AOC Arbois poulsard, 2016).

AOC Crémant du Jura rosé

Or : domaine de Savagny ; domaine Pierre Richard (Perles d’automne) ; Maison du Vigneron (Marcel Cabelier).

Argent : Caveau des Byards ; Domaine Pêcheur ; Domaine Rolet Père & Fils.

AOC Macvin du Jura rose/rouge

Or : Denis Benoit, Cellier Saint Benoît.