Vendanges : encore une année « sans »

Les vendanges ont démarré, mais la quantité ne sera pas au rendez-vous, en raison du gel printanier qui avait détruit de 10 à 70% des vignobles du Jura. Si la qualité du cru 2019 semble prometteuse, la profession s’interroge pour trouver des solutions. « De mémoire de vigneron, on n’avait jamais gelé en mai dans le Jura »

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Les vendanges ont bien démarré, mais la quantité ne sera pas au rendez-vous. Crédit photo : Domaines Henri Maire.

Après plusieurs années difficiles (hormis la cuvée 2018), le cru 2019 s’annonce à nouveau « en dedans » sur le plan quantitatif.
Réunis par la Société de viticulture du Jura et son président Nicolas Caire, les viticulteurs ont encaissé les diagnostics posés par un technicien du Laboratoire départemental d’analyse (LDA) :
« Les rendements seront faibles à moyens » a expliqué Antoine Zbyrko, heureusement on note « peu de stress hydrique ». Malgré les canicules et la sécheresse rémanente, la vigne jurassienne a donc prouvé sa résilience cet été, mais sa fragilité lors des 3 jours de gel du 5 avril, 15 avril et 6 mai 2019.
« De mémoire de vigneron, on n’avait jamais gelé en mai dans le Jura » a souligné Nicolas Caire, à une époque où les vignes sont en pleine croissance. Hervé Ligier, président de la Société de viticulture d’Arbois, a rappelé que malgré le réchauffement climatique, « les premiers gels depuis 25 ans sont apparus en 2017 ». Et que l’année 2019 a marqué une prise de conscience avec des pertes allant de 10% à 60, voire 70% sur certains secteurs très exposés (Sud Revermont, Cramans, Arbois, etc.). « Il faut désormais essayer de s’en protéger » prévient-il (lire encadré), sachant que 20% seulement des viticulteurs seraient couverts par une assurance gel, du fait de son coût élevé.
Dominique Chalumeaux, 6e vice-président du Conseil départemental, a par ailleurs reconnu : « Le (maigre) fonds national de calamités agricoles ne suffira pas, car il y a des calamités chaque année ». Et c’est « conscient de ce que la viticulture apporte au Jura (retombées économiques et touristiques), qu’il a appelé à trouver des solutions, en particulier pour les jeunes installés ces dernières années. Des jeunes viticulteurs particulièrement vulnérables, car endettés et dépourvus de stocks.
Christian Pêcheur, viticulteur à Darbonnay a lancé un SOS : « On accumule les faibles récoltes, mais on n’a aucun soutien ! Avec de bonnes années sporadiques, des exploitations vont tomber ! » a-t-il prévenu. Sur ses 8,5 ha de vignes, 5ha ont été si impactés par le gel printanier qu’il ne vaudra peut-être pas la peine de les vendanger. Selon lui, le rendement des vignes a diminué de 30 à 40% entre 2010 et aujourd’hui, et il appelle de ses vœux « des abattements sur une (lourde) masse salariale ».

Nicolas Caire, président de la Société de viticulture du Jura a reconnu “une (nouvelle) année compliquée”.

Une pénurie de main d’œuvre récurrente…

Paradoxalement, certains viticulteurs aimeraient bien payer davantage de cotisations pour les vendanges, mais impossible de trouver de la main d’œuvre pour le moment le plus crucial de l’année. Parmi les raisons évoquées, la pénurie d’étudiants : alors que la rentrée dans les universités avait lieu auparavant en octobre et novembre,  elle a désormais souvent lieu en septembre. Et le fait que les gens sont moins « durs à la tâche », qu’ils ne sont plus habitués à faire des efforts physiques importants, durant de longues journées (parfois jusqu’à 8 ou 10 h). Les normes pour nourrir et/ou héberger des vendangeurs, sans arrêt durcies, ont également contraint des maisons à diminuer ces pratiques auparavant usuelles…ce qui n’encourage pas les candidats potentiels. La mécanisation des vendanges semble avoir de beaux jours devant elle, d’autant plus qu’elle reviendrait 3 fois moins cher que les vendanges manuelles. Cette année où il y a beaucoup de feuilles et peu de raisins, la machine oubliera sans doute moins de grappes pour les blancs remarque un viticulteur.
Dans ce contexte un peu trouble, le LDA a cependant mis en exergue des points positifs pour la qualité de la cuvée 2019 : « un Ph inférieur à 3 », donc une acidité qui se tient bien et « un état sanitaire correct, malgré quelques foyers de pourriture ».

Quelles solutions contre le gel ?

« Les 6000 € de bougies n’ont servi à rien »  pour Christian Pêcheur et « les feux de paille ont été clairement un échec » pour Hervé Ligier. Ces techniques ancestrales (qui ont marché par endroits), ont montré leurs limites lors du gel du 6 mai, conjuguant températures négatives et fort degré d’humidité. Pour Daniel Cousin, directeur de la Société de viticulture du Jura, il faudrait tout d’abord cartographier les risques qu’encourt le vignoble, car ils diffèrent sensiblement selon l’exposition, la topographie (bas des coteaux), etc. Reste ensuite à espérer des solutions technologiques : éoliennes inversées brassant l’air, fils de palissage chauffants, aspersion d’eau pour envelopper les feuilles dans un « cocon » de glace protecteur, etc. Avec de lourds investissements que certains ne pourront de toute manière pas assumer…

Les ceps touchés par la flavescence dorée meurent et contaminent les vignes alentours.

L’union sacrée contre la flavescence dorée

« Plus de 700 personnes sont sur le terrain avant et après les vendanges » a affirmé Hervé Ligier, pour repérer une possible présence de cette (nouvelle) maladie foudroyante (feuilles jaunies). Hautement contagieuse, elle nécessite des périmètres de traitement phytosanitaires autour des foyers d’infection, et l’arrachage immédiat des ceps contaminés. Grâce à cet arrachage, « des vignobles  situés sur Le Vernois et Domblans » semblent aller mieux confie le président de la Société de viticulture d’Arbois, très investi dans cette lutte puisqu’elle a commencé historiquement entre Pupillin et Arbois.