Un village à la confluence de la vivacité et de l’attractivité

« La population de Parcey est chaleureuse et accueillante, un véritable esprit rural où on sent au sein de cette dernière une réelle osmose », affirme un commerçant du village qui souhaite garder l’anonymat. Située à une dizaine de kilomètres de Dole et de Chaussin, la commune jurassienne de Parcey souffre considérablement des caprices de ses cours d’eau, ce qui n’entrave pas significativement l’afflux estival de touristes.

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« L’église a une bonne acoustique, en 2015, une chorale de Corses a fait un vrai tabac ! »
Jean-Pierre Faivre, maire de Parcey.

Traversée par une route très fréquentée, l’ex RN 5, cette localité périurbaine du Grand Dole jouit habituellement d’une remarquable tranquillité. Selon la légende, il y a fort longtemps, s’élevait sur l’actuel territoire de Parcey, un gigantesque lac. Afin de retrouver un homme qui s’était noyé dans cette vaste étendue d’eau et selon le site internet de cette commune, « le lac [fut] percé à son extrémité d’où le nom Perrecey puis Parcey ». Néanmoins, comme l’explique Louis Calinon dans son travail universitaire, il est peu probable que ce mythe folklorique soit à l’origine de l’appellation de ce village, « les interprétations de Parcey [étant à chercher] sous la forme « par-Scey », c’est-à-dire le passage ».
Dans tous les cas, les Parcillonnes et les Parcillons peuvent contempler quotidiennement les dons de la nature fleurissant à la confluence de la Loue et du Doubs.

D’après les spécialistes, en 1529, la population de Parcey s’élevait à près de 300 habitants. Cependant, les divers fléaux, tels les multiples guerres frappant le comté de Bourgogne, firent décliner remarquablement la population de ce village, celle-ci s’élevant à seulement 131 personnes en 1688. Environ un siècle plus tard, en 1790, 569 âmes peuplaient Parcey là où en 1846, 814 individus étaient comptabilisés. Toutefois, l’exode rural et les conséquences de la Première Guerre mondiale (1914-1918) provoquèrent une chute brutale de la population, cette localité perdant, entre 1846 et 1921, plus de 300 habitants. Étant démographiquement en croissance depuis plusieurs décennies, Parcey se rapproche aujourd’hui inexorablement d’une population d’un millier d’habitants.

Histoire et origine de cette localité

D’après Louis Calinon, « il faut attendre les temps protohistoriques pour trouver, aux abords de Parcey, la trace d’un camp ». Les multiples vestiges antiques exhumés au XIXe siècle et exposés dans l’ouvrage d’Alphonse Rousset, confirment l’existence d’une implantation précoce à Parcey. La présence d’une voie romaine permet également d’affirmer que cet espace était un lieu de passage.
En revanche, il faut attendre le XIe siècle pour trouver une source écrite faisant mention de Parcey. En 1529, l’archiduchesse Marguerite autorisa la population de cette localité a percer la Loue afin de faire mouvoir un moulin : le canal de dérivation était né.

Au XVIIe siècle, Parcey fut l’objet de destructions considérables, les opérations militaires étant plurielles, comme en 1636 lorsque, durant la guerre de Dix Ans (1634-1644), le village fut brûlé et occupé par les Français. Signés en 1678, les traités de Nimègue eurent notamment pour effet le passage du comté de Bourgogne sous l’autorité du roi de France. Alors le village de Parcey devint officiellement français. Parcey connu de véritables épreuves durant son existence. En effet, le 24 avril 1737, une frange notable du village fut réduit en cendres par un terrible incendie, là où une série de brasiers, au XIXe siècle, décima de nombreuses demeures.

Prospère, Parcey l’était indiscutablement, cette commune étant traversée par des voies extrêmement fréquentées. Les Radeliers, voguant sur la Loue et transportant du bois, permettaient, par exemple, de créer de la vitalité au sein du village. Jean-Pierre Faivre, explique alors que « ça passait tout par là, les Radeliers étaient une véritable activité pour la commune ».

Saigné profondément par la Grande Guerre (1914-1918), le village de Parcey, fut amputé de quantité de ses compatriotes tel Léon Louis Fernand Jules Guillemin qui mourut à 20 ans des suites d’une maladie.

Après la déroute de 1940, la Loue, passant à Parcey, matérialisait la ligne de démarcation, c’est-à-dire la frontière entre la zone occupée et la zone libre. Par conséquent, de très nombreuses personnes, cherchant à se rendre dans cette dernière zone, transitaient par Parcey. Pour Monsieur le maire, « le franchissement de la Loue par les réfugiés était une véritable épopée ».

Ces riches événements conférèrent à cette localité une renommée locale. Pourtant, la raison majeure de la notoriété de Parcey émane des multiples inondations, qui à maintes reprises, noyèrent ce village.

Le canal de dérivation et le moulin de Parcey.

Un village respirant au fil de l’eau

« La Loue fait partie de la vie du village, on est à Parcey dans une zone inondable, c’est pourquoi au XVIIIe siècle des digues ont été élevées le long de ce cours d’eau. Sur les 80 kilomètres de digues de la plaine de la Loue, près de 8 kilomètres sont à Parcey », souligne Jean-Pierre Faivre avant d’ajouter que « la vie du village est rythmée par la Loue qui est ingérable ».
Il est vrai qu’au fil des siècles, les habitants de Parcey ont du s’adapter à la soif territoriale de la Loue et du Doubs. Quantité de photographies, dans lesquelles les habitants se déplaçaient en barque dans les rues houleuses de la commune, témoignent des submersions auxquelles ce village fut confronté. Depuis qu’il y eut une implantation humaine à Parcey, les hommes durent se confronter aux excès de la Loue, du Doubs et de la Clauge.

Dans un tel contexte, il fut complexe de construire des infrastructures durables à Parcey, comme le signala l’ingénieur Normand en 1764 : « tous les ouvrages que l’on a fait depuis 1756 […] ont eu très peu de succès ; si l’on creuse une raie, elle est remplie à la première crue ». Après de multiples péripéties, le pont ouvrit en 1772.

Louis Calinon dans son écrit témoigne de l’invasion des eaux à Parcey : « la crue de janvier 1910 pénétra dans plusieurs maisons et celle d’octobre 1935 qui balaya le ballast de la voie ferrée Dôle-Poligny recouvrit presque toute la commune ». Loin d’être exhaustive, ces quelques catastrophes pourraient être agrémentées des débordements récents des trois précédents cours d’eau.

Ces inondations répétées provoquèrent notamment de profondes pertes agricoles, divers champs pâtissant du zèle de ces rivières. Aujourd’hui, des infrastructures permettent de lutter contre les humeurs lunatiques des flots. Toutefois, ces capricieuses rivières apportent également à Parcey un patrimoine naturel remarquable, notamment dans la réserve naturelle de l’île du Girard.

Un patrimoine étonnant

Le patrimoine naturelle de cette commune est dense. La réserve naturelle de l’île du Girard, située à cheval entre Molay, Gevry, Parcey et Rahon, s’étend, vers la confluence de la Loue et du Doubs, sur plus de 130 hectares. Créé en 1982, cet espace riche de son humidité abrite notamment plus de 330 espèces de plantes. De nombreux oiseaux telle la Huppe fasciée viennent fréquemment nicher dans ce sanctuaire. Divers mammifères comme la Martre ont également été observés. Par ailleurs, le maire précise que dans cette zone où la volonté était de « recréer la faune historique de la confluence, les crues grandioses foutent la trouille ! ».

« Notre village garde un esprit rural et agricole, néanmoins, notre patrimoine est assez léger » note le maire de Parcey avant de se réjouir de l’attractivité générée par l’église qui « a une bonne acoustique, et où, en 2015, une chorale de Corses a fait un vrai tabac ! ». Datant du début du XVIIe siècle, ce bâtiment cultuel dédié à Saint-Germain, riche d’un toit typique de la région, est une boussole pour les habitants. Outre cette brillante élévation, des objets au sein de cette dernière sont inscrits au titre d’objet historique tel l’autel.

Une croix en pierre de l’ordre corinthien, érigée en 1613, à proximité de l’église, est également classée au titre de monument historique. D’après certains individus, des Alsaciens fuyant l’avancée ennemie durant la guerre franco-prusienne (1870-1871) auraient enterré un trésor près de cette ancienne construction. Le premier magistrat suggère alors que si cette légende est avérée, il est possible que « quelqu’un ai ramassé le butin sans s’en être vanté ».

Deux stèles élevées en la mémoire de la ligne de démarcation et des multiples êtres qui tentèrent de la franchir demeurent de part et d’autre du pont routier. Le moulin et l’immense couloir d’eau qui le précède conjugue patrimoine historique et patrimoine naturel.

La plage naturiste, toute une histoire…

Lorsque le soleil brille et que les températures s’élèvent, les plages de galets de Parcey sont rapidement prises d’assaut. Toutefois, depuis des dizaines d’années, des naturistes se retrouvent sur une plage en amont du pont de la Loue. Jean-Pierre Faivre explique alors que, loin d’être officiel et autorisé, cette plage naturiste « par le biais des réseaux, a un succès sur Dijon et Besançon, ce qui pose véritablement des problèmes ». En effet, des règlements de comptes peuvent éclater entre naturistes et personnes venant jouir des plaisirs de la Loue… ou d’autres plaisirs de la vie, voire de la vue…

Plus en aval de la rivière, le camping de Parcey bat son plein à l’arrivée des beaux jours, celui-ci apportant, selon le maire de ce bourg, « de mai à septembre plus de 2 000 personnes ». Se combine à ce célèbre camping, de nombreux commerces qui dynamisent réellement le village, lui conférant ainsi un caractère de petite ville.
« Pas mal de gens viennent à Parcey, on essaye de donner un côté dynamique », précise Jean-Pierre Faivre. Des restaurants aux camions pizzas, de la boulangerie au bureau de tabac, Parcey apprécie sa trentaine de commerces.

La présence de multiples praticiens de la santé permet aussi de rassurer la population environnante. Tous les ingrédients d’une quiétude totale sont ainsi réunis. Néanmoins, comme le souligne un marchand de la commune : « l’ambiance a bien changé depuis le début du mouvement des gilets jaunes ». Véritable centre névralgique de ce mouvement social, Parcey apparaît régulièrement sur les chaînes de télévision nationales. Cet homme déplore alors l’impact économique sur son chiffre d’affaire et alerte du fait que « des gens ne passent plus par Parcey, il règne une mauvaise ambiance dans la boutique, c’est dommage car c’était une commune qui avait une grande tendance à se développer, les petites entreprises et les commerces sont aujourd’hui mis en difficulté ! ».

Il y a plein de choses à faire !

Comme l’indique le site internet de Parcey, « le tissu associatif est dense et les Parcillons aiment faire la fête en marquant leur attachement aux traditions du passé ». Jean-Pierre Faivre complète ce constat en affirmant que « Parcey a gardé son âme de village, les associations marchant relativement bien ». Formant un véritable cœur, les associations connectent les habitants les uns aux autres. De PLA (Parcey Loisirs Animations) qui gère de multiples activités à l’association de scrabble en passant par celle de chasse, Parcey s’anime au gré des saisons.
Les activités proposées dans cette commune sont diverses et variées. Du football au golf, les Parcillonnes et les Parcillons peuvent s’amuser.
Les gens à Parcey aiment se retrouver pour partager ensemble du bon temps. Ainsi, chaque année, les Parcillons et les Parcillonnes se réunissent le 14 juillet pour un concours de pétanque, qui s’achève en apothéose le soir par un éclatant feu d’artifice. L’an dernier, cette manifestation a réuni de 200 à 300 personnes dans le village. La fête de la musique, le Téléthon ou le vide grenier (5 mai 2019) sont autant d’instants où les habitants se retrouvent.
De l’aménagement du rond-point à l’entrée du village sur le thème du golf au dessein d’une voie douce réservée aux cyclistes, l’embellissement de Parcey semble déclenché. En effet, Monsieur le maire confirme qu’il travaille actuellement sur un projet de voie cyclable reliant Dole à Parcey, ce qui permettra « aux touristes et aux riverains de se déplacer vers Dole en vélo, puisque actuellement aller à Dole par la nationale est suicidaire ! Il y a encore plein de choses à faire ».

« Le lac [fut] percé à son extrémité d’où le nom Perrecey puis Parcey »

« On est bien vu dans la communauté de communes, on n’est pas un village dissident » conclut ainsi Monsieur le maire tout en rappelant que Parcey est dans une zone à risques.
Guidé par le courant de ses flots, Parcey, riche de son dynamisme et de son attractivité, semble être d’ordinaire rythmé par une atmosphère paisible.

Pour aller plus loin : bibliographie non exhaustive :

CALINON Louis, Monographie d’une commune de plafond alluvial, Parcey, vers la confluence de la Loue et du Doubs, [travail universitaire de géographie], Besançon, 1949.

ROUSSET Alphonse, Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté (…), Bintot, Besançon, tome V, 1857, pp.31-37.

 

Anthony Soares

 

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