Un nouveau type d’OGM inquiète les paysans : les OGM cachés

En 2003-2004, Christian Vélot, docteur en Biologie et Enseignant Chercheur en génétique moléculaire, alertait sur le fait que les OGM étaient particulièrement mal évalués sur un plan sanitaire et environnemental. Aujourd’hui alors que beaucoup pensent que les OGM transgéniques tendent à disparaître, les OGM cachés sont eux au cœur de l’actualité.

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De g. à dr. Christian Velot, Antoine Girod et Elise Grossiord secrétaire générale de la Conf’.

La Confédération Paysanne de Bourgogne Franche-Comté a profité dernièrement de la venue, dans la zone AOP Comté, de Christian Vélot, pour l’inviter, entre deux conférences, à visiter la ferme bio d’Antoine Girod au Fied et la fruitière de Plasne. Les paysans présents ont pu débattre sur les OGM.

Les paysans présents, dont Antoine Girod au centre, ont pu débattre avec Christian Vélot.

Christian Vélot, que sont les OGM cachés ?

« Ces OGM échappent au champ de la directive européenne et sont cultivés en toute opacité comme des plantes conventionnelles. Il s’agit essentiellement de tournesol et de colza rendus tolérants à des herbicides et pouvant être utilisés pour nourrir les vaches ».

Quels sont les risques ?

« En fait, ce tournesol et ce colza ont été génétiquement modifiés pour les rendre tolérants à des herbicides. Ils ont donc pu être aspergés d’herbicides sans en mourir, bien au contraire les herbicides se sont accumulés dans leurs cellules. De ce fait les bêtes nourries avec ces tourteaux mangent des herbicides, qui par ricochet se retrouvent dans les produits alimentaires et en bout de chaîne chez l’humain.
Le tourteau de tournesol utilisé par les éleveurs* en complément alimentaire peut très bien être du tournesol non conventionnel (VRTH Variété Rendue Tolérante à des Herbicides) à base de sulfonylurée et d’imidazolinone et sans que l’éleveur en soit averti. C’est assez inquiétant parce que ces molécules, les sulfonylurées sont utilisées dans le traitement du diabète. Et l’on va les retrouver dans la chaine alimentaire sans qu’il y ait aucune traçabilité, parce que la plante est considérée comme conventionnelle. “On marche sur la tête”, mais ça va changer ».

Quelles actions ont été menées pour que cela change ?

« Nous avons fait un recours en conseil d’état contre les OGM cachés et nous avons obtenu gain de cause le 7 février dernier. Le gouvernement français a reçu des injonctions l’obligeant à reconnaître ces OGM cachés comme de véritables OGM et à les réglementer comme tels. Le gouvernement a six mois pour modifier le code de l’environnement, neuf mois pour identifier toutes les cultures faites avec ces OGM et radier ces plantes du catalogue. Ces tournesols et ces colzas ne devraient plus être cultivés en France l’année prochaine. Actuellement 160 000 ha de tournesol et 60 000 ha de colza sont cultivés en toute opacité. On espère qu’avec la victoire en Conseil d’Etat, la France va faire jurisprudence pour que tous les pays européens s’alignent sur cette décision. »

* Les éleveurs bio ne sont pas concernés