Un jurassien s’impose comme l’un des meilleurs fleuristes de France

Gaëtan Jacquet, 34 ans, artisan à Crotenay, s’est illustré par sa créativité et sa technicité qui lui ont valu une belle 3e place.

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Gaëtan Jacquet compose ses bouquets comme des oeuvres d'art.

Dites le avec des fleurs : voilà la raison d’être de Gaëtan Jacquet depuis son plus jeune âge. « J’ai toujours rêvé d’exercer ce métier et je suis fleuriste depuis 21 ans à Poligny, mais aussi Lons-le-Saunier et Pontarlier».
Un parcours original (lire encadré) récompensé par une belle 3e place aux championnats de France qui a rassemblé à Tours en octobre dernier la fine fleur des fleuristes. Pour une première participation, et avec seulement 3 mois de préparation (au lieu d’un an habituellement), Gaëtan Jacquet s’est déclaré « très content » de ce résultat encourageant qui l’a décidé à « participer à la coupe de France l’an prochain dans le but de décrocher la médaille d’or. J’ai d’ailleurs commencé ma préparation à cette compétition depuis plusieurs mois ».
Premier jurassien à monter sur le podium depuis 30 ans, il ne s’arrêtera sans doute pas là et vise les Meilleurs ouvriers de France (MOF) dans quatre ans. Ce qui a fait la différence ? La créativité, qui permet de s’extraire des carcans routiniers. Un travail quasi chirurgical sur les volumes, les couleurs mais aussi la texture qui rend le métier d’une infinie complexité.
« Il existe 2.500 variétés de roses à travers le monde » selon lui et une centaine qui apparait ou disparait chaque année. Au total, un fleuriste inventif peut donc jongler avec des dizaines de milliers de fleurs différentes, appelées entre gens du métier par leur nom latin. Nonobstant ce côté artistique, le médaillé a déclaré :
« J’exerce un des seuls métiers qui ne sert à rien, la seule vocation des fleurs étant d’être belles ».

Des bouquets sophistiqués…

Une industrie aux antipodes du côté « fleur bleue »

Un métier qui selon lui, s’est d’ailleurs « endormi depuis 50 ans ». Alors que la France peut se targuer d’avoir inventé le bouquet rond, le bouquet Médicis entre autres trouvailles, de nombreuses boutiques ont décliné ou fermé. S’en sortent celles qui travaillent avec internet, celles qui créent des événements ou participent à des salons. Les livraisons rapides à domicile ont profité de l’effet Covid, des livraisons également express entre professionnels : « Je travaille avec le dernier fournisseur de la région, situé à Pesmes (70) et les fleurs commandées avant midi sont livrées à Crotenay avant 19 h ».
Pour le reste l’artisan se fournit dans le sud de la France ou en Espagne, à cent lieues des pratiques constatées dans la profession (lire encadré). Et il cultive son propre jardin : un peu à la ‘Marc Veyrat’, il glane en effet dans la nature de quoi enrichir ses compositions hautes en couleur et raffinées à l’extrême. Ses fleurs préférées : la violette, la clématite, les roses anciennes, la jacinthe, la narcisse ou encore le muscari (également appelée jacinthe à grappe). Le tout étant -comme pour les fruits et légumes- de jouer avec la saisonnalité pour se rapprocher de la nature… Une approche plus nature que l’industrie de la fleur : alors qu’il faut 10 personnes pour cueillir 100.000 roses en France, 3 suffissent en Hollande. « Des robots coupent les fleurs dont la hauteur est standardisée à 70 centimètres, comme par exemple la ‘Red Naomi’, la star des roses » dévoile Gaëtan Jacquet. Une industrialisation bien lointaine du côté fleur bleu et du romantisme attaché au bouquet offert à sa tendre et chère dulcinée. Car offrir des fleurs restera toujours un témoignage de l’amour porté à un être cher…

Contact : Botabota 06 18 97 22 17/gaetan@botabota.fr

Stéphane Hovaere

Des oeuvres pour le moins originales…

Des fleurs venues tout droit du Kenya  

D’où viennent vos si belles fleurs ? La plupart des franchises achètent (à un prix dérisoire) les fleurs au Kenya ou au Bangladesh qui prennent ensuite l’avion pour arriver chez vous en environ 4 jours. Soit presque aussi vite qu’une fleur coupée dans le sud de l’Europe… Une pratique impie à l’heure du développement durable, d’autant plus que les fleurs en général sont gavées de traitements phytosanitaires : « plus qu’une salade » selon le jurassien, au point de polluer l’air intérieur d’une maison ! En réaction, certains labels bio ont émergé : « Fleurs de France », ou Label rouge, mais rien de vaut des fleurs de saison…

Les conseils de l’expert

Selon le champion, nul besoin de produit miracle pour garder vos fleurs plus longtemps. Quelques gestes suffisent : « utiliser une eau très claire avec une goute d’eau de Javel et un vase très propre. Eviter les chocs thermiques, comme mettre les bouquets de fleurs dehors la nuit. Et bien sûr recouper régulièrement les tiges ».

Pas de boutique mais des formations en ligne

Le jeune homme n’a pas de boutique à Crotenay, mais seulement son atelier et un studio vidéo : un choix délibéré afin de vivre à fond sa passion via la formation de fleuristes en ligne. Des cours dispensés à la demande ou en présentiel à travers toute l’Europe auxquels s’ajoutent le placement de produits via des vidéos comme Youtube, et la composition de bouquets sur demande. Gaëtan Jacquet surfe sur une notoriété acquise entre autres par ses créations un peu démentielles dans l’évènementiel : un bouquet de 500 roses rouges offert par un manufacture d’horlogerie suisse à une actrice vedette, un train et un bateau privatisés et embaumés de fleurs, des châteaux sublimés par une décoration florale, etc.