Un grand musée à 27 millions d’euros à l’Hôtel Dieu

Après 40 ans de gestation, ce projet d’envergure régionale a été adopté à l’unanimité par le conseil municipal de Lons. Un projet qui permettrait enfin d’exposer environ 10% des plus de 300.000 trésors d’archéologie, de sciences naturelles ou de beaux-arts conservés au centre René Rémond.

133
La chapelle de l'Hotel Dieu : une petite merveille d'architecture du 18e siècle.© David Vuillermoz.

« Un projet capital, essentiel » : pour Jacques Pélissard, maire de Lons-Le-Saunier, le moment était historique lors du conseil municipal du 8 avril, un conseil municipal qualifié « d’exceptionnel » par Jean-Philippe Huelin, adjoint à la culture.
Motif de ces logorrhées peu communes en ces lieux : un « grand musée » à vocation régionale qui pourrait s’implanter dans l’Hôtel Dieu jouxtant l’hôpital. Un bâtiment décrit par Jean-Philippe Huelin, comme « un des plus beaux de Lons », mais qui risque hélas de tomber en décrépitude. Hébergeant actuellement la pharmacie de l’hôpital de Lons qui n’est « plus aux normes », celle-ci doit en effet déménager et laisser peut-être la place à ce musée de 3.000 m2 (au lieu de 500 m2 pour l’actuel musée des beaux-arts).
Le potentiel de l’Hôtel Dieu a en effet été souligné par Jean-Luc Mordefroid, directeur des musées lédoniens : « Son architecture du 18e siècle comporte des éléments remarquables, comme les grilles, un escalier monumental, une chapelle, etc. », mais aussi trois  grandes salles de 300 m2 chacune. Sans oublier les espaces extérieurs (cloitre par exemple) , a fait remarquer Thiery Gaffiot, élu de la minorité : à l’image des musées régionaux (Laténium à Neufchatel ou musée de Bibracte), le platéosaurus « mascotte » du musée gagnerait par exemple à être « mis en scène dans une serre » extérieure, de même que les vestiges palafitiques de Clairvaux ou Chalain.

Un coût estimé à « trois Juraparc »

Les élus de la minorité ont aussi fait part de quelques réserves sur le financement d’un tel « poids lourd » culturel. Passer de 5.000 à 50.000 visiteurs par an (objectif envisageable selon Jean-Philippe Huelin) aura selon Jean-Yves Ravier des répercussions importantes : coûts de fonctionnement (personnel supplémentaire), réaménagement du quartier (transports, voirie, parkings).
Qualifié par celui-ci de projet « ambitieux est passionnant », la somme de 17 millions € HT a été écartée au profit de plutôt 27 millions TTC : « Trois Juraparc  minimum » a quantifié John Huet, conseiller municipal. Jacques Pélissard a expliqué en retour que le projet ne se ferait pas si « 70 à 75 % de subventions publiques » n’étaient pas mobilisées, ce qui représenterait environ 6 millions € pour le budget communal, étalés sur 3-4 ans. Le bâtiment sera en effet à rénover du sol au plafond, ce qui nécessiterait au bas mot 4 à 5 ans de travaux, soit une fin éventuelle des travaux à l’horizon 2025-2026. Le vote à l’unanimité du conseil municipal ne constitue qu’une première étape a rappelé Jacques Pélissard : la décision finale sera prise ou non par la prochaine majorité élue en 2020, après de multiples étapes intermédiaires.

Le platéosaurus “mascotte” de Lons prendra-t-il un jour ses quartiers dans le cloître de l’Hotel Dieu ?

Une arlésienne au pays de Rouget de Lisle

Comme l’ont rappelé Jacques Pélissard et Thierry Gaffiot, le projet date de pas moins de…40 ans. En 1988, un projet au Puits salé avorte car « les fondations risquaient de tarir les sources d’eau thermales » a rappelé le maire de Lons. En 1990 déjà, l’Hôtel Dieu est pressenti puis abandonné au profit des Rochettes. La DRAC (direction régionale des  affaires culturelles) met son veto à ce projet excentré en 2001. Après la construction du Centre de conservation René Rémond, l’ancien hôtel de ville est pressenti suite au déménagement de la mairie. Nouveau veto de la DRAC, qui estime que les salles sont trop petites, entre autres. En 2019, l’Hôtel Dieu revient sur le tapis avec le soutien de la DRAC, près de 40 ans plus tard. Une minime fraction d’éternité pour les historiens…