Grand débat : un exercice passionné et passionnant

Des hauts et débats Les premiers grands débats du Jura ont rassemblé plusieurs centaines de citoyens. Une belle expérience de démocratie participative qui a donné lieu à des échanges passionnés, mais quelles seront les suites ?

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Les débats -au départ houleux- se sont apaisés au fil des échanges.

Applaudissements nourris, véhémentes protestations, interpellations directes des élus locaux et nationaux présents dans la salle : les grands débats organisés dans le Jura ont tenu une partie de leurs promesses…
« On a libéré la parole, il y a beaucoup de tensions dans notre société » a résumé Christophe Bois, animateur du débat lédonien. Prônant le « vivre ensemble » et la restauration du lien social, le conseiller municipal en charge des affaires sociales a dépeint la soirée comme une sorte de « grand repas de famille » où chacun a fait valoir ses positions, échangé, et argumenté.

Jean-Baptiste Gagnoux a posé le cadre.

Même son de cloche à Dole pour le maire Jean-Baptiste Gagnoux qui s’est saisi du micro à Dolexpo, afin de poser le cadre de l’exercice.
Un peu partout, les sujets des discussions ont été choisis parmi les 84 questions listées par l’exécutif à travers quatre thématiques : transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, démocratie et citoyenneté, et l’État et les pouvoirs publics.
Ceci afin de permettre aux synthèses de remonter au national et d’être exploitables.

Le peuple n’est pas incapable de se saisir de la chose publique 

Malgré cela, une délégation de 25 gilets jaunes à Lons, et près du double à Dole, a rué dans les brancards d’entrée de jeu : « Pourquoi ce n’est pas nous qui posons les questions ? ». « C’est une mascarade, à nous de reprendre les rênes du pays ! » s’est même emportée l’une d’eux avant de claquer la porte.
D’autres citoyens ont dénoncé eux aussi « des questions orientées », comme celle qui est sortie la première des urnes : « Pour financer les dépenses sociales, faut-il reculer l’âge de la retraite, augmenter le temps travail, augmenter les impôts ou revoir les conditions d’attribution des prestations sociales ? ».
Sortant donc du cadre établi, de très nombreuses idées ont émergé, prouvant ainsi que « le peuple n’est pas incapable » de se saisir de la chose publique, n’en déplaise aux opposants au R.I.C. (référendum d’initiatives citoyenne).

Une vingtaine de gilets jaunes ont pimenté les débats.

Malgré les bienfaits indéniables de cette catharsis populaire, aucun vote n’a pu clairement trancher entre les différentes propositions, du fait des débats passionnés et des « questions subjectivement formulées ».
Comment exploiter au national ce kaléidoscope d’avis personnels, parfois un peu « brouillon » ? La question reste entière. D’autres débats ont eu et auront encore lieu à travers le Jura, avec on l’espère davantage de résultats exploitables.

Toutes les contributions ont été remises à l’état par le biais de Gaëlle Arbey,
référente départementale du grand débat (à gauche).

Près de 300 personnes ont participé au premier grand débat dolois.

 

Des idées et des remarques lumineuses

 

Moins de taxes injustes

« Supprimons les taxes injustes, comme la TVA et transformons les en impôts directs, quitte à créer de nouvelles tranches d’impôts sur le revenu pour les contribuables les plus aisés ».

Le « 80 km/h » transféré aux collectivités locales

Cette proposition a connu un vif succès : les collectivités locales devraient pouvoir amender les limitations générales de vitesse. Reste à voir comment, afin de ne pas créer de pagaille…

 

Contre la réduction des services publics

Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer celle-ci, à commencer par Richard Hiebous, délégué CGT à l’hôpital de Lons : « L’hôpital est malade, et même moribond : comment peut-il prendre en charge des malades ? La 2e ligne de Smur qu’on veut fermer peut tous nous sauver la vie un jour, y compris vous monsieur le maire de Lons ». Une autre citoyenne a dénoncé l’Ursaaf de Lons « autrefois ouverte tous les jours, aujourd’hui un jour par semaine ».
Même chose à Dole, avec le signal d’alarme tiré par un syndicaliste quant à l’épuisement des soignants et la souffrance ressentie quotidiennement par bon nombre de personnels hospitaliers.
Du réalisme hélas bien ordinaire…

Plus de démocratie locale

Avec les regroupements de communes et de communautés de communes (comcom), les citoyens se trouvent de plus en plus éloignés des centres de décision. Pourquoi ne pas élire les présidents de comcom au suffrage direct, plutôt que de les élire via les maires ?

 

Un ancien gilet jaune s’est dit “révolté des comportements de certains” de ses anciens “compagnons de lutte”.

Moins de violence

Un ancien gilet jaune a pris la parole, dénonçant “le comportement inacceptable et violent” adopté par certains de ses anciens “compagnons de lutte”.
“Sans violence et sans dégradation, ça irait au moins aussi bien. Je suis parti du mouvement des gilets jaunes et maintenant c’est moi qui suis menacé ! Des gens veulent gouverner la France à la place des élus, ça me fait rigoler quand je vois que sur 35 questions, on est pas foutu de se rappeler une ligne… J’ai quitté le mouvement quand j’ai vu qu’on a commencé à faire des quêtes pour aider des gens qui ont tapé sur les forces de l’ordre, ça m’a mis hors de moi”.

Moins d’élus nationaux

Sénateurs, députés ont été accusés de tous les maux, dont celui de voter des lois pour eux plutôt que pour le peuple. Taxés de privilégiés, d’être déconnectés de la vie réelle, la majorité de la salle a chaleureusement applaudi l’idée de limiter leur nombre. Mais aussi de représenter toutes les classes socio-professionnelles : « combien de députés sont issus du monde ouvrier ? ». A peine plus de 4% en réalité…

 Moins de mandats

Un militant écologiste s’est exprimé pour « un mandat unique, l’interdiction du cumul des mandats, et un contrôle à mi-mandat (pour faire un bilan de ce qui a été fait ou pas) ». « Si les promesses ne sont pas respectées par un élu, qu’il dégage ! ». La reconnaissance du vote blanc et l’instauration d’une dose de proportionnelle ont aussi été applaudies.

Retour des djihadistes

Une gilet jaune doloise a battu tout les records à l’applaudimètre en s’insurgeant :
“Je suis Charlie, je suis le Bataclan, je suis Nice, je suis Bruxelles, je suis Strasbourg, je suis Arnaud Beltrame… Nous attendons le retour prochain de 150 djihadistes, leurs familles et leurs enfants en France. Ils ont choisi de partir. On ne va pas faire revenir sur notre sol, nos futurs assassins !”

 


Pour les détenus aussi…

A la maison d’arrêt de Lons, le grand débat en milieu carcéral a vu la participation de 5 détenus.
Les dysfonctionnements de Pole Emploi ont été soulevés (radiations abusives, difficultés à joindre son conseiller, sacro-sainte politique du chiffre…).
Il a aussi été souhaité “une meilleure réinsertion par le travail obligatoire, plutôt que de l’emprisonnement pour les petites peines de 3 ou 6 mois”. Ainsi que l’accélération du choc de simplification administrative promis par le gouvernement précédent, qui se fait toujours attendre…
“Je suis au RSA. Tous les ans, je dois refaire mon dossier de CMU. Comment se fait-il qu’il faille refaire une tonne de papiers chaque année ? On fait des papiers tout le temps !” s’indignait un détenu.
“On doit mieux récompenser le travail. Il faut une vraie augmentation du smic !” renchérissait son voisin.
Enfin la raréfaction des services publics en milieu rural a été déclinée : hôpitaux, bureaux de poste, gares, bus, écoles…

5 détenus ont participé au débat initié à la prison de Lons.

Les féministes s’en mêlent…

La veille de la journée de la Femme, le Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles du Jura souhaite contribuer au grand débat national en animant une réflexion spécifique sur le sort des femmes et leurs problématiques spécifiques : isolement, monoparentalité, précarité, conciliation de la vie familiale et de la vie professionnelle, vie sociale, santé…
Ce temps d’échange est prévu ce jeudi 7 mars, de 16h à 17h30 à la Maison de l’Emploi et des Services (en face de la maison commune), 1000 rue des Gentianes, à Lons.
L’entrée est libre mais le nombre de places est limité. Il est donc conseillé de s’inscrire.

Tel : 03 84 43 10 95.
Mail: cidff.39@orange.fr