Un décès qui interpelle au sein d’urgences débordées

« 40 décès supplémentaires seront à prévoir chaque année » sur un vaste secteur couvrant tout le sud Jura ont alerté les médecins urgentistes de Lons. En cause la suppression du 2e équipage de Smur qui fonctionne à crédit, alors que -faute de moyens- les urgences sont déjà saturées.

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"Une vie n'a pas de prix", "Population en danger" : les messages de soutien étaient clairs.

 

19 patients ont passé la nuit dans le couloir sur des brancards, 1 patient est décédé “en raison d’une prise en charge non adaptée” : une journée tout à fait « normale » aux urgences de Lons le 21 janvier !
« Un malade a été descendu aux urgences dans un service déjà surchargé parce que son état s’était aggravé. Il a fait un arrêt cardiaque et il est décédé » a relaté Christophe Prudhomme, porte-parole de l’AMUF (Association des Médecins Urgentistes de France).
Une alerte de « danger grave et imminent » a été lancée par la CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) pour signaler un dysfonctionnement du à un manque de moyens. En cause selon l’urgentiste parisien venu soutenir ses confrères, un service en effet sous tension et régulièrement débordé (+17% d’activité par an)… auquel l’Agence Régionale de Santé (ARS) veut couper les vivres.
Depuis le 1er janvier, aucun budget n’est en effet officiellement affecté pour faire tourner le 2e équipage de Smur. Pourtant ce 2e équipage sauve, selon les médecins urgentistes, environ 40 vies par an, sur un vaste secteur du Jura sud et au-delà (de Poligny à Saint-Amour, de Louhans à Moirans et Doucier).

Des conditions « pire que pour des animaux »

Christophe Prudhomme, a donc appelé les élus et les jurassiens à dire « stop » au massacre et à manifester prochainement à Dijon.
« Il y a des vies humaines en danger, aujourd’hui, là, au service des urgences ! » s’est-il écrié devant ce même service au cours d’une manifestation de soutien.
« Les gens qui créent ces situations (la ministre de la santé, le directeur général de l’ARS, les députés de la majorité qui ont voté la loi de finances 2019 de la sécurité sociale imposant aux hôpitaux un plan de 4 milliards € d’économies) ont une responsabilité morale dans les décès qui se produisent dans des conditions inadmissibles : des malades meurent régulièrement sur des brancards dans des conditions indignes ».
Deux jurassiennes avaient d’ailleurs retiré ce même jour leur père mourant (93 ans) des urgences de Lons, après qu’il ait passé la nuit (plus de 24 h en tout) dans un couloir, sur un brancard :
« C’est pire que des animaux de laisser les gens dans des conditions pareilles ! Il faut le voir pour le croire » ont-elles déclaré avant de ramener leur père dans sa maison de retraite pour l’entourer d’affection (à défaut de soins médicaux).
« On demandera aux familles qui ont subi ces pertes de chances de porter plainte, et on se portera partie civile pour que les responsables soient condamnés et assument leurs actes » a prévenu Christophe Prudhomme. Les revendications d’Eric Loupiac, le délégué de l’AMUF dans le Jura sont claires : « On ne demande pas davantage, on demande juste de ne pas supprimer des moyens et de pouvoir travailler ».
Alors que les pompiers, par la voix de leur président Clément Pernot (encadré ci-dessous) ne pourront pas jouer les “jokers”, la seule solution estiment les syndicalistes, consiste à maintenir les 500.000 € à un million €/an nécessaires au fonctionnement de cette ligne.

La réalité quasi-quotidienne : un couloir des urgences où 19 brancards s’alignent façon « Tétris ».

Les urgences doivent être vivre ou mourir ?

Si l’Agence Régionale de Santé ne prend pas position, la moitié des 15 médecins du service sont prêts à démissionner selon Yves Duffait, urgentiste et les restants « ne tiendront sans doute pas 6 mois ». Au-delà du maintien du Smur, la question posée à tous est : les urgences du Jura sud, qui sauvent chaque jour des vies, doivent elles vivre ou mourir ? Une question cruciale qui semble pourtant laisser certains indifférents. Parmi les 150 à 200 personnes présentes, figuraient une poignée de gilets jaunes et quelques maires (venus en majorité de Saône et Loire) : les élus locaux ont quelque peu brillé par leur absence…
Le maire de Vincelles, à une trentaine de kilomètres des urgences a pourtant apporté son franc soutien : « Une vie n’a pas de prix, on laisse les gens mourir car on ne veut pas mettre la main à la poche ». Selon Richard Hiebous, secrétaire départemental CGT, l’ancien directeur de l’ARS n’avait qu’une crainte : « Que les élus se joignent à la population, aux syndicalistes, aux personnels hospitaliers.  Si tout le monde se réunit, on sera obligé de céder » aurait confié ce dernier.
Alors, les jurassiens seront-ils à la hauteur pour défendre leurs propres vies et celles de leurs parents ou de leurs enfants ?

A suivre : manifestation devant l’ARS à Dijon (date à préciser).
Plus d’informations : Facebook « Du blanc pour sauver des vies ».
Pour signer la pétition « Contre la fermeture de la deuxième ligne du SAMU de Lons-le-Saunier » : www.change.org

Recours aux pompiers : la réponse du président du SDIS

Clément Pernot, un partenariat pompiers/ Smur a été évoqué pour pallier à la suppression de la deuxième ligne du Smur de Lons. Le SDIS (service départemental d’incendie et de secours) que vous présidez pourrait-il être mis à contribution ?

“Cette implication n’a pas la contrepartie financière nécessaire de l’état. Seulement 450 interventions par an sont indemnisées sur la base de 123 € par sortie, une participation ridicule eu égard des moyens mis à disposition par notre SDIS. En conséquence, envisager aujourd’hui de générer une activité d’urgence supplémentaire en raison de la suppression de la 2e ligne de Smur est illusoire. La contribution du SDIS dans les urgences reviendrait à un transfert de dépenses de l’état vers les communes et le département (qui financent le SDIS). Ceci est insupportable : à chacun ses compétences !
Dans ce contexte, l’organisation des urgences sur le territoire de la communauté hospitalière Jura sud impose un service de secours sans faille sous la responsabilité de l’autorité hospitalière et de l’ARS, afin de rassurer totalement nos administrés.
Nos populations rurales comme urbaines ont droit à la sécurité sanitaire”.