Un ballet pour douze danseurs à La Commanderie

Le chorégraphe Angelin Preljocaj a choisi une partition de Franz Schubert pour son nouveau spectacle créé avec le Ballet de la Scala de Milan.

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Crédit photo : Brescia e Amisano Teatro alla Scala.

« Die Winterreise » – ou « Le voyage d’hiver » – est une partition de Franz Schubert pour piano et voix, profondément mélancolique, sur des poèmes de Wilhelm Müller qui narrent la marche désespérée d’un homme vers la mort, suite à une effroyable déception amoureuse. Jamais cycle de lieder n’aura aussi bien porté son nom – ce périple givré évoquant, vous l’aurez compris, un long suicide au ralenti…

C’est ce chef-d’œuvre romantique du compositeur autrichien que le chorégraphe Angelin Preljocaj a choisi comme matériau pour son nouveau spectacle créé avec le Ballet de la Scala de Milan. Mais ce seront douze danseurs du Ballet Preljocaj, et non leurs homologues de la scène transalpine, qui enchaîneront devant vous soli, pas de deux, pas de trois et grands mouvements collectifs. Lequel incarnera l’âme errante en question ? Aucun des douze, ou les douze à la fois, chaque interprète étant chargé de représenter une facette de cette personnalité disloquée, fracturée, atomisée – donc multiple…

Voyage vers la mort

D’ailleurs, il n’y a pas que l’identité du voyageur qui soit marquée par l’ambiguïté ou l’ambivalence dans ce ballet, puisque la mort vers laquelle s’achemine le voyageur n’est peut-être pas la grande (c’est en tout cas ce que pense Angelin Preljocalj), mais la petite, c’est-à-dire celle qui, très métaphoriquement, désigne l’orgasme. C’est la raison pour laquelle la scénographie, les costumes et les lumières, dominés par le noir dans un premier temps, laisseront progressivement affleurer des couleurs un poil plus guillerettes et plus nuancées jusqu’au final où, dans un flamboiement de demi-teintes, la souffrance dira qu’elle n’est pas étrangère à la volupté ni la mort au plaisir. Trahison de l’opus schubertien ? Pas du tout : le but du romantisme a toujours été de dépasser les contraires…

Jeudi 28 novembre, à 20 h 30, à La Commanderie, à Dole. Durée estimée : 1 h 10. Dès 12 ans.